La révolution iranienne de 1979 ne marque pas seulement un tournant historique pour l'Iran, mais représente également l'aboutissement d'une dynamique entre l'islamisme et la gauche qui remonte à plusieurs décennies, notamment à la guerre d'Algérie. Alors que le régime des mollahs est de plus en plus contesté, les partisans de cette alliance se tournent désormais vers la Turquie d'Erdogan.
En effet, la révolution iranienne, qui a mis fin au règne du shah et instauré une République islamique, bénéficiait du soutien des gauches françaises et occidentales. Ces mouvements, motivés par un anti-impérialisme et un anti-américanisme typiques de la guerre froide, ont-ils constitué le terreau de ce que l'on appelle aujourd'hui l'islamo-gauchisme ? Le terme, formulé par Pierre-André Taguieff en 2002, évoque une fraternité d'intérêts entre les courants islamistes et les gauches radicales, mais il s'appuie sur des racines plus anciennes, notamment émergeant dans le contexte de la guerre d’Algérie et des conflits israélo-arabes.
Ce phénomène a des origines qui transcendent la révolution islamique, ancrées dans une volonté commune de renverser l'ordre établi, notamment le libéralisme politique qui est né de la Révolution française. Les idéologies se sont alors mêlées : la révolte des Frères musulmans dans les années 1930, l'anticolonialisme de la guerre d'Algérie, et les luttes anti-sionistes ont contribué à façonner une alliance, parfois opportuniste, entre des groupes aux agendas divergents.
Les résonances entre ces mouvements se sont amplifiées dans les années 1960, période charnière où les échos de la guerre d'Algérie et du nationalisme arabe ont façonné l'identité de la gauche politique. Le Parti communiste français a adopté une posture de soutien aux mouvements de libération, se liant d'abord à la révolution algérienne avant de se montrer plus critique à l'égard d'Israël après la guerre des Six Jours. Une nouvelle configuration est née, où islamistes et gauchistes se sont retrouvés dans un combat conjoint contre l'impérialisme, malgré leurs contradictions internes.
La figure d'Ali Shariati, intellectuel iranien, a joué un rôle clé dans le rapprochement entre le clergé chiite et les gauches européennes. En introduisant l'idée que l'islam pouvait être un levier de libération sociale, il a réussi à séduire des intellectuels comme Michel Foucault, faisant miroiter la perspective d'une révolution populaire au travers d'une réinterprétation de la foi religieuse.
Il convient de noter que la polarisation idéologique ne se limite pas à l’engagement des gauches occidentales envers la révolution islamique. La guerre du Vietnam et la montée de mouvements anti-impérialistes ont à leur tour renforcé ces alliances. Face à l'impérialisme américain, l'unité était de mise : les luttes des Palestiniens, symbolisées par Yasser Arafat, et la résistance islamique voyaient leurs intérêts convergeants contre un ennemi commun.
Avec la révolution de 1979, l'union des gauches et des islamistes a atteint son apogée. Le courant révolutionnaire a trouvé son élan pour défier l'opposition occidentale, mais ce partenariat s'est rapidement heurté à de nombreuses contradictions internes. La violence et la répression mises en œuvre par le régime islamique à l'égard de divers groupes, y compris les communistes, ont soulevé des questions éthiques et stratégiques au sein de l'extrême gauche.
Alors que les années passent, la question demeure : l'éventuelle chute de la République islamique mettra-t-elle fin à cette alliance historique ? Si la dynamique en France, incarnée par des figures comme Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, demeure forte, le contexte a évolué, et de nouveaux acteurs tels qu’Erdogan redéfinissent les alliances. En somme, la bataille pour l'identité et la stratégie au sein de ce couloir complexe entre islamisme et gauchisme se poursuivra, suscitant des inquiétudes sur les répercussions pour l'Europe.







