L’Afghanistan se prépare ce mercredi à organiser des funérailles collectives pour les victimes d’un bombardement pakistanais ayant frappé un hôpital pour toxicomanes à Kaboul. Selon une ONG internationale, le bilan pourrait atteindre "des centaines de morts et de blessés".
Sur une colline de la capitale, une fosse commune est en cours de creusement, sous une pluie battante, a constaté une équipe de l’AFP.
Après une cérémonie, certaines victimes seront enterrées là, tandis que d'autres regagneront leur région d'origine, a indiqué à l’AFP Abdul Mateen Qani, porte-parole du ministère de l'Intérieur.
Le bombardement, survenu lundi soir à 21h00 locales, a été attribué par le Pakistan à des cibles militaires, dans un contexte de tensions persistantes entre les deux voisins. Cependant, le gouvernement taliban a affirmé que cet hôpital avait été délibérément visé, accusation qu'Islamabad a vigoureusement rejetée.
Les autorités afghanes rapportent environ 400 morts et 265 blessés, faisant de cette offensive la plus meurtrière de l'histoire récente du conflit. Ce chiffre n'a pas encore été confirmé par des sources indépendantes, bien que des journalistes de l’AFP aient observé au moins 95 corps récupérés des débris.
Mercredi, l'ONG Norwegian Refugee Council (NRC) a corroboré le bilan tragique, ayant visité l'hôpital. "Nous avons constaté de véritables scènes d’horreur%, a déclaré Jacopo Caridi, directeur de l'ONG pour l'Afghanistan.
"Des parties du bâtiment, qui pouvait accueillir 2000 patients, ont été complètement détruites. Plusieurs corps étaient tellement mutilés qu'on peine à en reconnaître les victimes”, a-t-il ajouté, décrivant les effets dévastateurs de la frappe.
Les opérations de recherche de survivants sont désormais terminées, selon le ministère de l’Intérieur.
Face à cette tragédie, le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés demande une enquête rapide et indépendante. "Les responsables doivent rendre des comptes", a souligné Thameen Al-Kheetan, porte-parole de l’ONU, insistant sur la protection stricte des civils conformément au droit international humanitaire.
L'appel à un cessez-le-feu est réitéré par l’ONU, tandis que le NRC incite la communauté internationale à s'engager dans une médiation pour résoudre le conflit.
Le Pakistan accuse l’Afghanistan d’héberger des membres du groupe taliban pakistanais (TTP), se réclamant de la responsabilité d’attaques sur son territoire, ce que Kaboul dément. Après une escalade des violences en octobre, les tensions n’ont jamais vraiment cessé. Toutefois, elles ont de nouveau intensifié depuis le 26 février, date de frappes pakistanaises consécutives.
Selon des statistiques des Nations Unies, au moins 76 civils afghans ont été tués depuis fin février. Amir Khan Muttaqi, ministre des Affaires étrangères d'Afghanistan, a affirmé que son pays ne cherchait pas la guerre, mais adopterait des "mesures défensives" face aux violations.
Enfin, Ibraheem Bahiss, analyste à l'International Crisis Group, souligne que les efforts des gouvernements étrangers pour apaiser les tensions, y compris ceux de la Chine, du Qatar et de la Turquie, ont échoué. Sans cessez-le-feu, la situation pourrait continuer à se détériorer, au détriment des civils, avertit-il.
Le représentant spécial russe pour l'Afghanistan, Zamir Zaboulov, a également exprimé que la Russie est prête à jouer un rôle de médiateur mais seulement sous demande conjointe des deux parties.







