À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, le politologue Roland Cayrol, reconnu pour son expertise au sein de l'institut CSA qu'il a dirigé jusqu'en 2008, partage son analyse sur les primaires en France. Selon lui, ces dernières, bien que populaires auprès des Français, sont largement évitées par les partis politiques, inquiets de voir leur influence diminuer davantage.
Inspirées du modèle américain, les primaires ont été introduites en France pour la première fois par le Parti socialiste en 2011, lorsqu'il a désigné François Hollande comme candidat. Le but initial était de renforcer la légitimité populaire d'un candidat en le soutenant au-delà des seules instances internes du parti. Pourtant, cette pratique n’a jamais su s’enraciner dans le paysage politique français. Comme l’a souligné le site La Dépêche, malgré des tentatives de divers partis, les obstacles structurels et la résistance des instances décisionnelles ont largement freiné l’adoption de cette méthode.
Qu'est-ce qui freine l'adoption des primaires ?
Le déclin du nombre d’adhérents dans les partis explique leur méfiance vis-à-vis des primaires. Les dirigeants, bien que se déclarant favorables à ce mécanisme en raison de l’attachement du public à la démocratie interne, s’ingénient à éviter son application. Effectivement, comme soulevé par plusieurs experts, les primaires peuvent sembler offrir une image de transparence, mais en réalité, elles menacent le contrôle des dirigeants sur le processus de nomination.
De plus, des voix critiques ont fait valoir que les primaires ne garantissent pas la désignation du meilleur candidat. Prenons l’exemple de Benoît Hamon, choisi par les militants socialistes lors de la primaire de 2017, mais dont le profil ne correspondait pas nécessairement aux attentes de l’ensemble de l’électorat. Ce décalage flagrant entre la base militante et les véritables électeurs a souvent conduit à des candidatures peu représentatives des aspirations du grand public.
Cette problématique s’applique également à la droite, où le candidat des Républicains, Bruno Retailleau, s’avère plus à droite que l’électorat traditionnel du parti.
Les primaires : un passage obligé ?
La question de savoir si les primaires affaiblissent un candidat avant la campagne est souvent soulevée. Cependant, retrouver des modèles similaires en France ou à l’étranger où cela s’est avéré vrai est difficile. Au contraire, les confrontations internes pourraient renforcer la légitimité d’un vainqueur, une opinion partagée par plusieurs politologues. Le succès d’Emmanuel Macron en 2017, sans le soutien d’un parti fort, démontre encore une fois que les partis traditionnels ne répondent plus aux attentes des électeurs.
Les primaires devraient théoriquement rétablir un lien entre les électeurs et leurs représentants. Mais dans une période où les partis sont en proie à des fissures internes, comme le note Le Monde, cette ouverture demeure une perspective inquiétante pour leurs dirigeants.
Les perspectives avant 2027
Roland Cayrol ne se montre pas optimiste quant à l'adoption de primaires avant 2027. "Le débat sur les primaires, c'est faire semblant de croire qu'on va en faire", déclare-t-il. Malgré les discours de façade en faveur des primaires, la réalité demeure que les organisations politiques cherchent à éviter cette pratique, redoutant de perdre encore davantage leur influence.







