Entré en vigueur le 12 juin dernier, le Pacte européen sur la migration et l’asile intensifie les efforts de coopération entre l'Europe et les pays tiers pour intercepter les migrants avant leur arrivée. En Égypte, les répercussions de cette politique sont alarmantes, comme l’indique le quotidien belge “De Tijd”.
En visioconférence, Mahmoud, un réfugié soudanais, explique qu'il n'est pas sûr de se rencontrer à l'extérieur : “Trop dangereux.” Fuyant une guerre qui ravage son pays depuis trois ans, il a trouvé refuge au Caire où il jongle entre ses études et plusieurs petits boulots. Cependant, l’escalade des rafles et des expulsions par les autorités égyptiennes rend sa vie quotidienne de plus en plus difficile.
La veille de notre entretien, alors qu'il était en train de jouer aux cartes avec des amis, un fourgon de police est arrivé. Les agents sont entrés pour interroger Mahmoud et ses compagnons, et, quelques instants plus tard, trois compatriotes ont été arrêtés. Cet incident illustre la montée de la répression à l'égard des Soudanais réfugiés.
Entre l’Égypte et l’UE, un partenariat stratégique
La situation en Égypte est marquée par des conflits persistants. Depuis la guerre à Gaza et le conflit sudanais, plus de 1,5 million de Soudanais ont cherché refuge au pays. Malheureusement, ces réfugiés font face à des conditions hostiles dans une Égypte où environ 30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Le régime d'Abdel Fattah Al-Sissi intensifie les rafles et les expulsions, tandis que les ONG de défense des droits humains rapportent une augmentation inquiétante des arrestations.
Le Pacte migratoire de l'UE, introduit pour harmoniser les procédures et réduire l'afflux de réfugiés, repose sur quatre piliers : contrôle strict des frontières, accélération des procédures, solidarité entre États et partenariats avec des tiers.
Des centres fermés, lors desquels les migrants qui arrivent sans autorisation seront filtrés, sont établis à l'extérieur de l'UE. Les personnes avec des faux papiers ou provenant de pays avec un faible taux d'asile peuvent être renvoyées avant même d'entrer sur le sol européen.
Face à ce contexte, l'UE joue un rôle déterminant en offrant une aide financière à l'Égypte pour renforcer ses capacités à bloquer les migrations irrégulières. Un accord de 80 millions d'euros a été signé en 2022 pour renforcer les gardes côtes égyptiennes dans la surveillance des frontières.
Les accords migratoires avec l'Égypte s'inscrivent dans une tendance croissante de l'externalisation des demandes d'asile. Un nouvel accord récent a durci les règles concernant les retours de réfugiés, autorisant même leur transfert vers des "centres de retour" situés en dehors de l'Europe.
La fuite par la Libye
L'Égypte a intensifié ses accords avec l'UE sur la gestion migratoire avec des résultats qui se font sentir. Selon Frontex, entre 2022 et 2025, les traversées de la Méditerranée ont chuté de 51%. Cependant, l'Égypte est également devenue un point de départ pour de nombreux migrants, notamment vers l'Italie et la Grèce.
Les critiques fleurissent, l'Europe étant accusée de se décharger de ses responsabilités sur des pays comme l'Égypte. Dans un contexte de violences au Soudan, les renvois vers cette région posent des problèmes éthiques. Les Nations unies, par le biais de leur Conseil des droits de l'homme, mettent en garde contre de potentielles violations des droits humains.
Les autorités égyptiennes s'efforcent de contourner le principe de non-refoulement, fondamentale dans plusieurs traités, en persuadant les réfugiés de signer des déclarations de retour volontaire, souvent sous pression. Sherif Azer de l’Egyptian Commission for Rights and Freedoms dénonce les méthodes coercitives utilisées à cet égard.
Une mauvaise réputation
En 2024, plus de 20 000 Soudanais ont été expulsés d'Égypte, un chiffre alarmant en hausse par rapport aux années précédentes. Pourtant, ces chiffres ne prennent pas en compte les nombreux réfugiés immédiatement expulsés à leur arrivée, rendant les estimations difficiles. Les ONG peinent à obtenir des chiffres fiables en raison du manque d'accès aux centres de détention.
L’Europe sait que la situation est préoccupante, pourtant, les déclarations de coopération restent souvent sans effets concrets. Sherif Azer alerte : “L'Europe ferme les yeux sur les violations des droits humains en Égypte.”
Arrêtés en pleine rue, à l’école ou à leur domicile
Les vagues d'arrestation se sont intensifiées, et les réfugiés sont souvent appréhendés dans les espaces publics, à l'école, voire chez eux. Ces actions soulignent une détérioration des conditions de vie, où, pour éviter d'être arrêtés, beaucoup choisissent de ne pas sortir de chez eux.
Les arrestations sont justifiées par la prétendue illégalité de leur présence, mais des organisations de défense des droits humains signalent que même ceux qui ont un statut reconnu par le HCR sont concernés. Des enquêtes récentes montrent que des documents sont régulièrement détruits ou falsifiés lors des arrestations.
Les conditions des prisons égyptiennes sont très préoccupantes, et selon des témoignages, au moins douze Soudanais sont décédés en détention depuis le début de l'année.
* Son nom a été modifié par la rédaction.








