L'État français a récemment acquis une action préférentielle au sein du groupe de défense LMB Aerospace, désormais propriété de l'américain Loar Group. Acquise pour un euro symbolique le 8 mars 2026, cette « golden share » permet à la France de s'opposer à des décisions pouvant nuire à ses intérêts nationaux.
La vente de LMB Aerospace a suscité des inquiétudes, car cette entreprise corrézienne fabrique des composants essentiels pour les moteurs de Rafale et les sous-marins nucléaires, éléments cruciaux pour la souveraineté militaire du pays.
Qu’est-ce qu’une golden share ?
La notion de « golden share », ou action spécifique en français, désigne une action possédant des droits particuliers. Elle donne à son détenteur, en l'occurrence l'État, un droit de veto sur certaines décisions stratégiques, indépendamment de la taille de sa participation dans le capital de l'entreprise. Ce droit lui permet de bloquer des décisions considérées comme nuisibles à la sécurité nationale.
Une invention britannique adoptée par toute l'Europe
Le concept de golden share voit le jour dans les années 1980 au Royaume-Uni sous l'ère de Margaret Thatcher, qui, confrontée à une vague de privatisations, désire conserver une forme de contrôle sur des actifs stratégiques. Ce modèle est rapidement adopté par plusieurs pays européens, dont la France, qui formalise l'utilisation de ces actions dans sa loi de privatisation de 1986.
Édouard Balladur fut précurseur en France, en introduisant cette pratique lors des privatisations initiales, sauvegardant ainsi les intérêts nationaux au sein d'entreprises clés.
Le cas particulier de LMB Aerospace
Face à la vente à Loar Group, le gouvernement français a intensifié son discours sur la nécessité de maintenir les activités de l'entreprise en France. Le ministre de l'économie, Roland Lescure, a affirmé que l'État veillera à ce que LMB Aerospace ne délocalise pas ses activités et qu'il conserve la « golden share ». Ainsi, toute décision jugée nuisible à la souveraineté nationale, comme le transfert de technologies sensibles, pourrait être contestée.
Une leçon de souveraineté à 1 €
Le contexte géopolitique en 2026 a fondamentalement changé, faisant reverdir l'intérêt pour les golden shares. Les tensions internationales, exacerbées par des conflits comme la guerre en Ukraine et des relations commerciales tendues avec la Chine et les États-Unis, amènent les nations à redoubler d'efforts pour préserver leur souveraineté industrielle. Les golden shares se présentent alors comme un outil incontournable pour concilier l'attraction d'investissements étrangers tout en protégeant des intérêts stratégiques nationaux.







