Depuis la capitale libanaise, soumise à des bombardements israéliens incessants, la journaliste de “L’Orient-Le Jour” illustre comment les Beyrouthins se tournent vers les psychotropes pour faire face à l'insécurité. La pharmacie de Tarek, risquant de devenir un symbole du désespoir, est ouverte jour et nuit, servant de refuge au cœur de ce chaos.

Chaque jour, les clients affluent, allant des travailleurs aux familles rentrant de l’aéroport, témoignant d'un quotidien marqué par la guerre même dans les gestes les plus banals. De la pharmacie, on peut observer des scènes de déplacement de combattants et de civils, le reflet d’un pays en pleine tourmente.

Des leçons amères de la dernière guerre

Avec le ciel clair et le traffic redevenant dense, il est facile d'oublier la guerre. Pourtant, le personnel de la pharmacie est dans un état d'alerte. De nouvelles blouses blanches font leur apparition, tandis que les sections de psychotropes, de produits pour enfants et d'antidépresseurs sont soigneusement approvisionnées. Chacun ici semble avoir retenu les leçons du conflit précédent.

À la lumière de l'escalade des tensions, la pharmacie fait face à un afflux soudain de populations déplacées, suscitant une panique palpable. Les demandes explosent alors que les gens cherchent non seulement des médicaments, mais aussi de la nourriture et de l’hygiène. Les réserves s'épuisent rapidement, laissant les pharmaciens comme Tarek dans l'incertitude de l'approvisionnement futur.

Ce cycle de collecte de médicaments semble se reproduire. Une fois la guerre finie, les surplus doivent être renvoyés aux distributeurs, créant un cercle vicieux de pénurie à attendre. Actuellement, des médicaments essentiels comme le Cipralex arrivent en quantité limitée, ajoutant aux inquiétudes des professionnels de santé.

Revivre l’anxiété

La demande pour des somnifères et des psychotropes a déjà commencé à grimper vertigineusement, notamment après des ordres d'évacuation massifs qui ont forcé des milliers de personnes à fuir. Les symptômes de stress, d'angoisse et d'insomnie se manifestent de nouveau, rappelant aux Beyrouthins les traumatismes des conflits passés.

Les ventes de Xanax, par exemple, ont explosé, atteignant un nombre record dans une période de dix jours. Cette fois, cependant, les libanais semblent mieux préparés. Les responsables de pharmacie ont pris des mesures préventives, anticipant une situation similaire à celle du passé. Mais la méfiance vis-à-vis du leadership politique, notamment du Hezbollah, affleure dans les conversations, les critiques se faisant plus ouvertes et incisives.

Il n'y a pas que la souffrance qui s'exprime. Des espoirs, des plans et des rêves sont aussi en jeu, soulignant le besoin de résilience des Libanais, un peuple qui, malgré tout, continue à se battre.

* Le prénom a été modifié.