« La justice en France est trop souvent défavorable aux victimes. J’en parle en connaissance de cause », a affirmé la porte-parole de « La Voix des survivantes » lors d’une récente conférence de presse à Paris. Ce nouvel collectif, qui émerge après des affaires médiatisées comme celles de Patrick Bruel et Lyhanna, lance un appel pressant pour abolir la prescription des crimes sexuels visant à la fois les mineurs et les majeurs.
Actuellement, « La Voix des survivantes » compte « des dizaines de plaignantes » qui cherchent à faire entendre leurs voix face à des figures influentes de la société, telles que le chanteur Patrick Bruel, l'ex-présentateur de TF1 Patrick Poivre d'Arvor, et l'ancien directeur d'agence de mannequins Gérald Marie. Ce mouvement s'inscrit ainsi dans un contexte où de nombreuses victimes se sentent délaissées par le système judiciaire.
Thysia Huisman, une Néerlandaise ayant accusé l'agent de mannequins Jean-Luc Brunel de l'avoir droguée et violée à l'âge de 18 ans, a partagé son expérience lors de la conférence. Elle souligne : « Mon affaire était prescrite. Non pas parce que le crime n'avait pas eu lieu, mais simplement parce que le temps imparti était écoulé. C'est là toute la cruauté. » Jean-Luc Brunel, lié au criminel sexuel Jeffrey Epstein, s’est suicidé en détention en 2022 sans avoir été jugé pour les accusations de Huisman.
La question de la prescription est cruciale. Dans le cadre du droit français, elle représente le délai après lequel il est impossible de poursuivre un individu pour une infraction. Bien que certaines exceptions existent, comme le principe de prescription « glissante » pour les mineurs, ces mesures sont jugées insuffisantes par le collectif. Mié Kohiyama, cofondatrice de BeBrave France, remarque : « Quid de l'enfant violé 3000 fois par son père ? Cela n'est pas pris en compte dans la prescription glissante. »
Des voix experts, telles qu'Emmanuelle Dancourt, présidente de l'association MeTooMedia, affirment que « la sidération, la dissociation et l'amnésie traumatique peuvent perdurer des décennies ». Elles demandent une prise de conscience générale sur ces questions afin de garantir que les victimes puissent toujours obtenir justice, peu importe le temps écoulé.
Sur la problématique de la collecte de preuves des années après les faits, Anne-Claire Le Jeune, avocate impliquée dans plusieurs cas de violences sexuelles, souligne que « l'imprescriptibilité ne signifie pas renoncer à l'obligation de prouver un délit ». Elle appelle à permettre une réelle chance aux enquêtes, affirmant que « si le procureur juge que le dossier n'est pas suffisamment solide, il peut toujours classer l’affaire pour insuffisance de preuve ».







