Depuis un mois, les prairies de la Creuse souffrent, obligeant les éleveurs à puiser dans les réserves de fourrage destinées à l'hiver. Une situation sans précédent qui met à mal leurs exploitations.
Sous leur hangar, Pascal Mareix, éleveur à Mazeirat, a stocké 930 balles de foin, un chiffre largement insuffisant selon ses prévisions. "Nous allons devoir en acheter", confie-t-il, inquiet face à une sécheresse qui schématise un avenir incertain.
Cet exploitant, qui gère un troupeau de 90 bovins sur près de 200 hectares, a déjà investi 10.000 euros pour compenser le manque de fourrage, en raison de caprices climatiques perturbant le calendrier agricole. "En novembre et décembre, nous étions inondés par les pluies, mais ensuite, tout s’est asséché en un clin d'œil", s'alarme-t-il.
En 2023, il a terminé la récolte de son foin un mois plus tôt qu'en 2020. Aujourd'hui, un triste constat s'impose : "l'herbe n'est même plus jaune, elle est blanche". La chaleur écrasante des dernières semaines l'a contraint à réorganiser son emploi du temps pour travailler à des heures plus fraîches, car l'après-midi devient insupportable. "C'est quelque chose que je n'ai jamais connu en près de 35 ans de métier", explique-t-il.
- Ruisseau à sec -
Quatre mois de déficit en pluie ont asséché les ruisseaux du département. La préfecture a donc déclaré un état de "crise" hydrologique. Ce nouveau cadre légal impose des restrictions sur les usages de l'eau. Les autorités appellent à la "responsabilité de tous".
Pour faire face, la ferme de Mazeirat nécessite entre 15.000 et 18.000 litres d'eau quotidiennement pour abreuver le bétail. "Notre ruisseau est asséché. Nous devons donc pomper de l’eau dans la Creuse", déplore Mareix.
David Ratheau, hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), souligne les défis liés au sous-sol, indiquant que "tout le socle limousin est affecté". Les nappes phréatiques, déjà fragiles, se vidangent rapidement sans pluies prolongées, une situation plus préoccupante qu'en 2022.
- "Parcelles parking" -
Les difficultés rencontrées par le GAEC des Mareix reflètent une tendance plus large. Alexis Desarménien, conseiller herbe à la chambre d'agriculture de la Creuse, observe que "plus rien ne pousse dans les prairies" et que cet été précoce annonce des manques de rendement catastrophiques — jusqu'à 50% de pertes.
Ce constat alarmant est inédit pour lui, et il exprime sa préoccupation face à un avenir incertain, d'autant que les prévisions météorologiques ne laissent rien présager de favorable.
Les experts recommandent de ménager les prairies asséchées et d'utiliser des "parcelles parking" pour préserver le bétail en attente de pluies salvatrices. Mareix s’inquiète pour les futures générations : "Quand je me suis installé, la sécheresse était rare. Mais maintenant, on doit s’adapter, sinon ce sera la fin de notre activité."







