À Washington, une immense bannière déployée sur la façade du ministère de la Justice représente Donald Trump et ravive les accusations de politisation du système judiciaire. Ce spectacle accablant fait écho à l'influence croissante revendiquée par la Maison-Blanche sur cette institution.
Immanquable, la bannière a été installée jeudi, saillant entre les colonnes du bâtiment. Elle arbore le slogan « Make America Safe Again », un message que l'administration utilise pour promouvoir sa politique de lutte contre l'immigration clandestine et la criminalité.
Ce visuel, teinté de nuances bleutées, s'inscrit dans une série d'initiatives similaires du mouvement conservateur sur les agences fédérales. Des affichages avaient également été placés antérieurement devant le département du Travail et de l'Agriculture, affichant des promesses telles que « American workers first » ou « Growing America ».
Cependant, la mise en avant de ce visuel sur le siège du ministère de la Justice est particulièrement révélatrice. Historiquement, cette institution a veillé à maintenir une distance avec le pouvoir exécutif afin de protéger l'indépendance de ses enquêtes.
Depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, le ministère est sous le feu des critiques, notamment accusé de viser des rivaux politiques. Ainsi, des actions judiciaires ont été menées contre des figures, comme l’ancienne procureure générale de l’État de New York, Letitia James, ou l’ex-directeur du FBI, James Comey.
De plus, des enquêtes ont ciblé le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, ainsi que divers élus démocrates accusés d’inciter les militaires à ignorer d'éventuels ordres illégaux. Certaines de ces démarches ont été abandonnées ou rejetées par les tribunaux.
La charge de Gavin Newsom et James Comey
La procureure générale Pam Bondi, fidèle alliée de Trump, suit une ligne résolument en phase avec la Maison-Blanche, rompant avec l’attitude plus neutre adoptée par certains de ses prédécesseurs. Dans un communiqué, le ministère a exprimé sa fierté de célébrer les 250 ans d'histoire américaine en évoquant son rôle sous Trump.
Sur les réseaux sociaux, James Comey a qualifié cette image d'« écœurante », ironisant sur le fait que les protagonistes aient négligé de cacher l'inscription sur une autre façade : « Where law ends, tyranny begins ». Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, appuyant sur un terrain plus politique, a déclaré : « C'est au-delà de la parodie. Combien de monuments dignes d'une dictature les Américains devront-ils encore supporter ? »
Cette situation résume la tension actuelle autour de l’indépendance du ministère de la Justice et met en lumière la dérive autoritaire potentielle du pouvoir présidentialiste, à un moment où le débat sur la séparation des pouvoirs est plus pertinent que jamais à Washington.







