Les dispositifs de malus, de décote ou de minoration pénalisent les montants des retraites de base et complémentaires des salariés. Sont-ils permanents ? Une analyse approfondie s’impose pour anticiper au mieux votre retraite et évaluer son montant.
Décote définitive sur la retraite de base
• Votre pension de base subit une décote définitive si vous demandez votre retraite avant 67 ans, sans avoir complété une "carrière complète". Celle-ci est définie par un nombre de trimestres à accumuler, déterminé selon votre date de naissance.
Par exemple, pour ceux nés entre le 1er janvier 1961 et le 31 août 1961, 168 trimestres sont requis.
Une retraite de base liquidée avec une décote n’est pas révisable ensuite : ni à 67 ans, ni même en cas de cumul emploi-retraite. C’est irréversible.
• En certaines circonstances, la décote ne s’applique pas :
- Si vous partez à la retraite à partir de 62 ans pour cause d’inaptitude, en tant qu’ancien combattant ou mère de famille ayant élevé trois enfants;
- Si vous êtes aidant et cessez votre activité durant au moins 30 mois pour un proche handicapé, ou que vous avez élevé un enfant handicapé.
Ce que vous perdez :
- La décote impacte le taux de votre pension, qui sera calculée sur la base du salaire annuel moyen brut de vos 25 meilleures années.
- Elle réduit le taux de 0,625 par trimestre manquant jusqu’à atteindre le nombre de trimestres requis pour le taux plein ou l'âge de 67 ans, selon la situation la plus favorable.
Exemple : Paul, né le 1er juin 1961, part à la retraite le 1er juillet 2023 avec 158 trimestres et un salaire moyen de 2 700€. Manquant 10 trimestres pour le taux plein, sa pension s’élève à 1 111€ par mois, contre 1 350€ s’il avait atteint les 168 trimestres.
Minoration définitive sur la retraite complémentaire
• Si vous subissez une décote sur votre retraite de base, votre pension complémentaire Agirc-Arrco sera automatiquement minorisée définitivement.
Cette minoration, appelée "coefficient de carrière courte", varie selon le nombre de trimestres manquants. Les coefficients peuvent être consultés sur le site de l'Agirc-Arrco.
Exemple : Avec 10 trimestres manquants, Paul voit sa complémentaire minorée de 10%, avec un coefficient de 0,90.
Minoration temporaire de 10% sur la retraite complémentaire
• Le coefficient de minoration temporaire d’Agirc-Arrco s’applique si vous prenez votre retraite dès que vous avez atteint le nombre de trimestres pour le taux plein. Cette réduction de 10% dure au maximum trois ans mais ne s'applique pas après 67 ans.
Exemple : Marie, née en mars 1961, prend sa retraite en avril 2023 avec 168 trimestres, mais subira une minoration de 10% sur sa complémentaire jusqu'à 65 ans.
- Conditions d’exemption :
Vous pouvez éviter cette minoration si :
- Votre retraite vous exonère de CSG;
- Vous partez à 67 ans ou plus;
- Votre retraite complémentaire est déjà minorée définitivement;
- Vous êtes né avant le 2 janvier 1957;
- Vous reportez votre départ d’un an;
- Vous demandez une retraite anticipée en tant que handicapé.
Il existe d'autres conditions spécifiques permettant d'échapper à cette minoration.
Comprendre la différence entre taux plein et retraite complète
Un droit au taux plein de 50% ne garantit pas l'absence de minoration définitive. En effet, le nombre de trimestres est crucial dans le calcul de la pension.
Exemple : Léa, née en 1962, prend sa retraite à 67 ans avec 158 trimestres ; sa pension sera de 1 411€, bien moins que les 1 500€ qu’elle aurait eu avec 168 trimestres.
À 67 ans, un départ à la retraite sera à taux plein même avec des trimestres manquants.
Philippe Bainville est spécialiste retraite à la Caisse nationale d'Assurance vieillesse (Cnav).







