Des culottes menstruelles remboursées : un cahier des charges controversé

Le gouvernement dévoile des critères jugés trop laxistes pour le remboursement des culottes.
Des culottes menstruelles remboursées : un cahier des charges controversé
Le gouvernement a publié au Journal officiel, ce jeudi 23 avril, un projet de cahier des charges (provisoire) visant à encadrer la composition et les critères d'absorption des protections menstruelles réutilisables, qui seront remboursées par la Sécurité sociale dès cet automne. Après deux années de discussions avec fabricants et associations, le consensus semble loin d'être atteint.

Bientôt des culottes menstruelles remboursées, mais à quel prix pour la santé et l'environnement ? Ce jeudi 23 avril, le gouvernement a annoncé un projet de cahier des charges pour ces protections réutilisables. Ce document, essentiel pour la prise en charge intégrale par la Sécurité sociale et les mutuelles, s’adresse particulièrement aux personnes de moins de 26 ans et aux bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S).

Cette publication ne représente pas la version finale du cahier des charges, qui sera soumis à évaluation par les parties prenantes, y compris les fabricants et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Les industriels ont 20 jours à compter de cette publication pour soumettre leurs retours à l’Anses et au ministère de la Santé.

Critiques sur la composition des produits

Cependant, après plus de deux ans de négociations et plusieurs versions révisées, le résultat est perçu comme décevant par les associations et les fabricants.

"La version actuelle n'a pas vraiment évolué, et nos remarques n'ont pas été prises en compte", afflige Maud Leblon, directrice de l’association Règles Élémentaires.

Elle souligne que le cadre établi est inadéquat pour les couches absorbantes et imperméabilisantes des culottes menstruelles. Actuellement, bien qu'il soit précisé que ces protections doivent inclure trois couches distinctes, la réglementation ne impose qu'une composition de 95 % de coton bio et 5 % d'élasthanne pour la première couche, celle en contact direct avec les muqueuses.

De plus, aucune interdiction claire de substances potentiellement dangereuses n'est mentionnée. Marion Goilav, co-fondatrice d'Elia Lingerie, marque française de culottes menstruelles, s'inquiète : "Il serait crucial de prévenir l'utilisation de PFAS et de matériaux dérivés de la pétrochimie", surtout après qu'une étude de l’American Chemical Society ait détecté des traces de polluants sur des produits similaires en Europe.

Des certifications jugées inappropriées

Le cahier des charges est également critiqué pour ses exigences de certification, que les experts jugent trop légères. Actuellement, le gouvernement se limite à la classe 2 de la certification Oeko-Tex Standard 100, qui est adaptée aux vêtements en contact avec la peau, mais pas nécessairement aux muqueuses.

"Il serait plus rassurant d'appliquer la classe 1, qui inclut les produits pour les bébés", soutient Maud Leblon.

Des questions sur la durabilité

Sur le volet de la durabilité, les critères proposés sont également insuffisants. Le gouvernement exigerait seulement 52 cycles de lavage, alors que chaque bénéficiaire reçoit seulement deux culottes la première année et une supplémentaire chaque année suivante.

Marion Goilav souligne que cette approche est obsolète, car les culottes sont souvent utilisées intensivement pendant les menstruations. En moyenne, chaque bénéficiaire pourrait avoir besoin de deux culottes par jour, engendrant un nombre élevé de lavages.

"Avec un équipement limité à 15 culottes sur 14 ans, le dispositif ne pourrait couvrir qu’environ 8 cycles menstruels", affirme-t-elle.

La question du prix des culottes est aussi problématique : le gouvernement propose un tarif inférieur à ce que les fabricants avaient envisagé. Alors que les culottes sont généralement vendues autour de 30 euros, le prix fixé est de 19 euros, suscitant la crainte d'un influx de produits importés à bas coût.

"Cela ouvre la porte au made in China à bas prix, et l'État s'apprête à financer la fast fashion", s’inquiète Marion Goilav. Le ministère de la Santé a assuré que des ajustements seraient possibles suite aux retours des fabricants et à l'avis de l'Anses.

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