Le retour en force du rêve de dollarisation au Venezuela est alimenté par la récente capture de Nicolas Maduro par des forces américaines, mais les voix des experts se multiplient pour rappeler que cette démarche n’est pas une solution miracle.
Depuis plusieurs années, l'économie vénézuélienne a connu une dollarisation partielle, mise en place durant la présidence de Maduro, avec l'appui de l'actuelle présidente par intérim, Delcy Rodriguez. Cette initiative était perçue comme une nécessité pour faire face aux pénuries et à une inflation galopante, et bien que le dollar soit souvent considéré comme le symbole de l'impérialisme, sa présence était devenue indispensable.
Le bilan économique du pays est alarmant : en dix ans, le PIB a chuté de 80%, une situation exacerbée par la mauvaise gestion du secteur pétrolier et les accusations de corruption. Le gouvernement, issu de la doctrine socialiste de Hugo Chávez, a traditionnellement blâmé les sanctions américaines pour cette crise, tandis que Rodriguez prônait encore récemment la "souveraineté monétaire".
"Le bolivar agonise", déclare Javier Roa, un contrôleur de bus de 67 ans, alors que le pays subit une dévaluation accélérée de sa monnaie. Cette situation pousse de nombreux Vénézuéliens à envisager leur avenir économique, comme le souligne Carlos, un chauffeur de taxi de Caracas qui croit que la dollarisation approche avec l'administration Biden.
Actuellement, le revenu minimum, primes comprises, s’élève à 240 dollars, tandis que le coût du panier alimentaire pour une famille de cinq personnes frôle les 700 dollars. Cette disparité nourrit sans cesse le désir d'un système monétaire stable, comme l'indique l'économiste Leonardo Vera.
Cependant, la dollarisation complète ne vient pas sans risques. Hermes Perez, expert en institutions financières, avertit que cela impliquerait des réformes constitutionnelles radicales, et mentionne que cela reviendrait à "amputer un bras" en matière de politique monétaire. Une approche bi-monétaire, selon lui, serait bien plus judicieuse à court terme.
La complexité de la réalité économique vénézuélienne se reflète également dans l'affichage des prix, souvent en dollars, malgré un impôt de 3% sur ces transactions. L'existence d'un dollar officiel et d'un dollar parallèle, souvent avec un écart de 25%, alimente la spéculation et la méfiance parmi les citoyens.
En mars dernier, le montant de dollars en circulation a chuté, rappelant à tous que la quête de stabilité économique demeure fragile. Esperanza Suarez, une vendeuse de 72 ans, garde l'espoir de voir un "bolivar fort", remettant en question la nécessité même de changer de monnaie.
Les récents développements au Venezuela offrent une lueur d'espoir, mais le chemin reste parsemé d'incertitudes. La dollarisation pourrait-elle réellement transformer la situation ou n'est-elle qu'une illusion à laquelle les Vénézuéliens veulent encore croire ?







