Alors que la saison estivale approche, la question des vols annulés se pose avec acuité. Bien que l'Union européenne (UE) assure qu'il n'y aurait pas de pénurie de kérosène pour le moment, elle prend des précautions en se tournant vers le carburant américain, le 'Jet A', pour parer à toute éventualité.
La situation géopolitique au Moyen-Orient, notamment la fermeture du détroit d'Ormuz, a entraîné une augmentation significative des coûts des carburants pour l'aviation, suscitant des craintes quant à d'éventuelles pénuries cet été. Vendredi dernier, l'Agence Européenne de la Sécurité Aérienne (AESA) a ouvert la possibilité d'introduire le 'Jet A', un type de kérosène fabriqué aux États-Unis mais actuellement non disponible en Europe pour des raisons techniques.
"Le 'Jet A' est utilisé quotidiennement pour les vols au départ et à l'intérieur des États-Unis et du Canada. Son introduction en Europe pourrait être envisagée sans compromettre la sécurité, sous certaines conditions de gestion adéquate", a déclaré l'AESA. L’agence conseille cependant d’éviter les mélanges de carburants et de former correctement le personnel.
La Commission européenne devrait préciser dans les prochains jours les mesures que les États peuvent adopter pour optimiser l'utilisation du kérosène en matière de remplissage des avions et de répartition des créneaux aériens.
Bruxelles insiste : aucune pénurie de kérosène n'est à signaler en Europe. En France, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a affirmé qu'il n'y avait pas de raisons de s'inquiéter pour mai et juin, et que le risque semblait faible pour les mois suivants.
Avant l'escalade du conflit au Moyen-Orient, environ 20 % du kérosène européen transitaient par le détroit d'Ormuz. Cette flambée des prix a conduit plusieurs compagnies aériennes, en particulier celles à bas coûts, à envisager des suppressions de vols. Matteo Mirolo, expert en transport aérien, indique que la situation est davantage liée à des considérations économiques qu'à la disponibilité réelle du carburant.
Néanmoins, si la crise persistait, la Commission européenne se préparerait à des éventuels problèmes d'approvisionnement. Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jorgensen, a mis en garde, bien que la situation actuelle ne semble pas critique. La semaine dernière, une initiative a été lancée pour créer un observatoire du kérosène afin d'affiner la surveillance de cette situation délicate.
Concernant les stocks, une source de la Commission a noté que certaines nations, comme l'Irlande, sont plus vulnérables faute de capacités de raffinage, tandis que d'autres, comme la Finlande, semblent mieux armées. Il a également été signalé que certaines compagnies pourraient tirer parti de la situation pour réduire leurs liaisons peu rentables.
Que prévoit l'UE ? Pour l'instant, aucune annonce majeure n'est attendue. Toutefois, la Commission vaExpliquer clairement aux États ainsi qu'aux compagnies aériennes les mesures existantes pour garantir une utilisation optimale du kérosène au moindre coût. Cela inclura des assouplissements dans le système de 'tankering', où les compagnies volent avec plus de carburant pour éviter de racheter du kérosène à un prix plus élevé ailleurs.
Des ajustements seront également apportés aux créneaux aéroportuaires pour éviter que les compagnies renonçant temporairement à un créneau, en raison de la hausse des coûts, ne soient pénalisées. En cas de persistance de la crise, l'UE envisage également une coordination entre États pour libérer des réserves d'urgence et faciliter un partage volontaire de kérosène.
En ce qui concerne le 'Jet A' américain, bien qu'il soit actuellement peu utilisé en Europe, certaines compagnies aériennes plaident pour une adoption plus généralisée cet été. Bien que l'AESA ait signalé que l'introduction du carburant américain ne poserait pas de risque de sécurité, elle suggère que des précautions soient prises pour éviter des problèmes opérationnels en cas de mélange des deux types de carburants.
À long terme, la Commission insiste également sur la nécessité d'investir dans des carburants d'aviation durables (SAF). Matteo Mirolo a déclaré : "Cette crise devrait inciter les États à se tourner vers les carburants alternatifs, non seulement pour des raisons environnementales, mais également pour garantir leur souveraineté énergétique."







