Un projet de loi très attendu doit être examiné mercredi à l'Assemblée nationale, avec l'objectif de limiter l'exposition de la population française au cadmium, un métal lourd hautement toxique. Cette initiative, portée par des élus écologistes, entend mettre fin à l'exception française en matière de réglementation de ce métal.
Cependant, ce texte suscite des critiques, notamment de la part des agriculteurs qui craignent qu'il nuise à la compétitivité du secteur. Les chances de son adoption dans sa forme actuelle semblent donc restreintes, bien qu'il bénéficie d'un large soutien parmi les mouvements écologistes.
"Nous parlons de personnes souffrant de maladies gravissimes, de cancers probablement liés à cette exposition", a déclaré Camille Etienne, militante écologiste, lors d'une manifestation près du Palais Bourbon. Des représentants d'ONG comme Foodwatch et Greenpeace étaient également présents pour soutenir cette cause.
Le cadmium, un métal devenu omniprésent dans notre environnement, est principalement introduit dans les sols par l'utilisation d'engrais phosphatés. Selon l'ANSES, l'agence de sécurité sanitaire française, l'alimentation est la principale voie d'exposition, allant des céréales (blé, riz) aux légumes.
Une exposition prolongée au cadmium est reconnue comme cancérogène et peut engendrer des problèmes rénaux et des troubles de la reproduction. En France, près de la moitié de la population était exposée au cadmium dans des quantités dépassant les normes de sécurité en 2025.
L'ANSES préconise de réduire les limites autorisées de cadmium dans les engrais à 20 mg/kg, contre 60 mg/kg actuellement en Europe et 90 mg/kg pour la France. Ce texte de loi vise une baisse plus rapide, avec un objectif de 40 mg/kg d'ici 2027, puis 20 mg/kg d'ici 2030, afin d'accélérer la mise en mouvement des pratiques agricoles.
Les débats préalables ont vu des députés de droite et du centre exprimer de sérieuses préoccupations quant à l'impact économique pour les agriculteurs, notamment en raison de la dépendance aux importations d'engrais. Certains proposent donc de limiter la réduction à 60 mg/kg, en ligne avec la norme européenne.
D'autres, comme les députés Renaissance, cherchent à assouplir la trajectoire proposée par le texte, afin de donner plus de temps aux producteurs pour s'adapter. Toutefois, Benoît Biteau, le député écologiste à l'origine de la loi, estime que ces inquiétudes sont infondées et que des solutions de "décadmiation" existent déjà.
Le géant marocain OCP, principal fournisseur de la France, s'est engagé à garantir des engrais conformes à ces nouvelles normes.
Malgré des oppositions marquées dans l'hémicycle, M. Biteau reste optimiste, anticipant une forte mobilisation des élus de gauche pour soutenir cette initiative, tout en espérant que les députés du bloc central ne souhaitent pas apparaître comme des frein à une mesure soutenue par l'opinion publique.







