Samia Suluhu Hassan, la présidente de Tanzanie, se rend en Russie pour un séjour de trois jours, un événement controversé qui suscite des réactions mitigées en raison de son passé électoral marqué par des violences. Cette visite, tant attendue, débute alors que sa réputation en Occident est déjà entachée par des allégations de répression lors de son élection à l'automne dernier.
La Russie, malgré les critiques internationales liées à son intervention en Ukraine, avait applaudi la victoire de Mme Hassan, obtenue avec près de 98 % des voix, comme l’a rapporté France 24. Les heurts qui ont marqué les scrutins tanzaniens, décrits par les observateurs comme frauduleux, ont entraîné des violences policières ayant causé la mort de nombreux manifestants, selon des sources diplomatiques.
Alors que le gouvernement tanzanien a admis un bilan de 518 morts et 2.390 blessés, les États-Unis ont réagi en renforçant leurs mesures contre certains responsables de la sécurité impliqués dans des actes de torture, tels que le rapporte Le Monde.
« Que le mot +démocratie+ ne vienne pas salir nos pays ni leurs traditions », avait déclaré Mme Hassan. Elle a aussi insisté sur le fait que la démocratie tanzanienne diffère de celle pratiquée en Occident, affirmant que chaque pays doit trouver sa propre voie. Cette position a été qualifiée d’inquiétante par de nombreux analystes.
Ce voyage à Moscou est décrit comme historique pour la Tanzanie, la dernière visite d’un président tanzanien remontant à 1969, avec Julius Nyerere. L’objectif de cette rencontre est d’approfondir les liens diplomatiques, politiques et économiques entre les deux nations, comme l’indique un communiqué du gouvernement tanzanien.
Actuellement, les échanges commerciaux entre la Tanzanie et la Russie s’élèvent à environ 307 millions de dollars par an, bien en deçà des 5 milliards de dollars tenus avec la Chine, selon les statistiques officielles. Le seul projet tangible reste le développement d'une mine d'uranium, dont les discussions stagnent depuis plus d'une décennie.
Cependant, la création d’un Conseil d’affaires Russie-Tanzanie en janvier et l'annonce de vols directs entre Dar es Salaam et Moscou d’ici 2026, rapportée par Jeune Afrique, montrent une volonté d’élargir les relations économiques. Un universitaire a mentionné que cette visite pourrait aider la Tanzanie à diversifier ses partenariats économiques.
Quant à la Russie, elle semble chercher à solidifier ses alliances pour renforcer sa position sur la scène internationale, surtout face aux sanctions liées à son intervention militaire en Ukraine. Fergus Kell, du centre de réflexion britannique Chatham House, affirme que cette visite est une opportunité pour la Russie de tirer profit d’une administration tanzanienne fragilisée.
En parallèle de cette visite, la Russie étend son influence médiatique en Tanzanie, notamment par le biais de la chaîne RT, déjà critiquée pour ses méthodes de désinformation, et planifie d'ouvrir un bureau de Sputnik à Dar es Salaam. Ces actions interrogent sur l'impact de la propagande russe sur le paysage informationnel tanzanien, un sujet sensible dans le contexte politique actuel.







