Dans un village du nord de l'Inde, des femmes s'affairent à mélanger des ingrédients naturels tels que la bouse de vache, le sucre non raffiné et la farine de pois chiche pour élaborer un engrais biologique. Cette initiative est une réponse aux craintes croissantes d'une pénurie de fertilisants, exacerbées par le conflit au Moyen-Orient.
À l'approche de la mousson, crucial pour les semis, l'Inde voit la demande en engrais naturels exploser. Ce phénomène survient alors que l'approvisionnement en phosphates, essentiels à la fabrication d'engrais chimiques, est menacé.
L'Inde consomme annuellement environ 63 millions de tonnes de fertilisants chimiques, la plaçant parmi les plus gros utilisateurs au monde. Toutefois, une tendance vers des solutions biologiques commence à émerger, stimulée par l'incertitude concernant l'approvisionnement et une prise de conscience croissante de la nécessité d'une agriculture durable.
Actuellement, le marché des engrais biologiques est modeste, évalué à environ 150 millions de dollars, mais il enregistre une croissance annuelle de 10 % selon les données du secteur. De plus en plus d'agriculteurs se tournent vers ces alternatives, attirés par leurs avantages écologiques.
Kamlesh Devi, 57 ans, directrice de la coopérative Tappal Samriddhi Mahila Kisan, explique : "Nous cherchons des solutions pour les petits exploitants, alors que la nécessité de préserver nos sols devient une priorité". Fondée l'année dernière, la coopérative se compose de 1.050 femmes issues de 92 villages de l'État de l'Uttar Pradesh.
Les agriculteurs font face à des difficultés d'approvisionnement en engrais, comme l'explique Amit Chauhan, agriculteur et chef de village à Bharatpur. "L'inquiétude est palpable, surtout en ce qui concerne l'urée, et certains commencent à stocker".
Kishan Prasad, un agriculteur voisin, témoigne avoir conservé 40 sacs d'urée pour ses cultures de riz, illustrant ainsi le climat de crainte qui règne actuellement.
Le biofertilisant élaboré à Tappal se vend à 300 roupies (3,13 dollars) pour un sac de 40 kg, ce qui est compétitif comparé aux engrais chimiques. Neetu, une agricultrice de 28 ans, affirme que l'utilisation de ce biofertilisant lui a permis de réduire son utilisation d'urée sur ses cultures, tout en maintenant des rendements satisfaisants.
Les experts, cependant, restent prudents. Brijesh Mishra, chercheur à l'Institut indien de recherche agricole, souligne que les engrais biologiques ne sauraient totalement remplacer les fertilisants chimiques. "Ils sont des compléments intéressants et rentables, mais leur effet est progressif et il faut adapter leur utilisation à chaque type de culture".
Il est essentiel de rappeler que, selon une étude récente publiée par des chercheurs de l'université de Cambridge, les engrais sont responsables d'environ 5 % des émissions mondiales annuelles.
Pour les femmes de Tappal, dont l'initiative contribue à leur émancipation, l'enjeu est immédiat. Comme le dit Suman, une autre directrice de la coopérative : "Nous voulons simplement ramener nos sols à un état de santé optimal, comme par le passé".







