Sabina Khatun, 30 ans, partage le sort de millions de Bangladais sans emploi depuis plusieurs mois. Chaque fois qu’elle tente de trouver un travail, on lui recommande d’attendre les élections législatives prévues le 12 février.
Ancienne ouvrière dans le secteur textile de Narayanganj, près de Dacca, elle raconte son expérience : "J'ai visité de nombreuses usines, mais aucune n'embauche actuellement". L'insécurité autour de l'emploi pèse lourdement sur ses espoirs.
Le 12 février, plus de 127 millions d'électeurs sont appelés à élire un nouveau Parlement, dans un contexte tendu après la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina suite à des émeutes meurtrières en août 2024. Cette situation a accentué la crise économique que traverse le pays.
L'économie bangladaise a montré des signes de fragilité, avec une baisse continue des exportations, notamment dans le secteur textile qui représente 80 % de leurs volumes. En décembre, les exportations ont diminué de 5 % par rapport à l'année précédente, marquant le cinquième mois consécutif de déclin.
Selon des données officielles, depuis que l'économiste et prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a pris les rênes d'un gouvernement intérimaire, environ 240 usines de confection ont dû fermer, augmentant la précarité pour de nombreux travailleurs.
Le rapport du Bureau des statistiques du Bangladesh fait état de 2,73 millions de chômeurs, soit une augmentation par rapport à l'année précédente. L'inflation reste également préoccupante, compromettant les pouvoirs d'achat des ménages.
Shelal Uddin, 33 ans, a vu sa situation se détériorer. Ayant toujours géré sa famille avec des petits emplois, il admet : "Les affaires sont à l'arrêt... J'ai renvoyé ma femme et mes filles au village à cause de mes faibles revenus". Il espère, tout comme d’autres, que le nouveau gouvernement apportera une bouffée d'oxygène à l'économie.
Le bilan de Sheikh Hasina, qui a été souvent cité pour avoir favorisé le développement économique du pays, est aujourd’hui contesté. Des critiques, comme Syed Sultan Ahmed, directeur de l’Institut bangladais des études sur le travail, soulignent que les ressources de l'État ont été mal gérées et que peu a été fait pour soutenir des usines viables.
Salehuddin Ahmed, conseiller financier, compare la situation actuelle à un patient en soins intensifs, préfigurant une reprise progressive d’ici 2027. Selon les sources comme le Fonds monétaire international (FMI), une légère amélioration de la croissance économique pourrait se dessiner avec une prévision de +4,7 % cette année, contre 3,7 % l'année précédente.
Cependant, Fahmida Khatun, économiste, met en garde : malgré une hausse des réserves de change, le chômage augure d'une vision sombre de l’avenir. Des boutiques et marchés, jadis florissants, disparaissent, signalant un bouleversement dans la vie économique de nombreux quartiers.
Le futur gouvernement, quel qu'il soit, héritera d'une situation économique particulièrement fragile. M. Khatun conclut : "Il n'y a pas de solution à court terme. Les espoirs placés dans les élections ne régleront pas des problèmes profondément ancrés".







