Le samedi dernier, Ryad et Damas ont officialisé plusieurs accords d'investissement visant à revitaliser l'économie syrienne, gravement touchée par des années de guerre civile. Parmi ces initiatives, la création d'une compagnie aérienne conjointe et un projet ambitieux d'un milliard de dollars consacré aux télécommunications font figure de proue.
Ayant essuyé plus de treize ans de conflit, les nouvelles autorités syriennes, sous la direction du président de transition islamiste Ahmad al-Chareh, œuvrent activement pour capter les investissements nécessaires à la reconstruction. Avec une adhésion croissante des acteurs du Golfe, l’Arabie saoudite s'est affirmée comme un allié clé, surtout depuis le renversement de Bachar al-Assad en 2024.
Talal al-Hilali, le responsable de l'Autorité syrienne d'investissement, a annoncé ces accords devant la presse, dont l'un vise à créer une compagnie aérienne à bas prix, « Nas Syria ». Ce projet inclut aussi la construction d’un nouvel aéroport à Alep, capable d’accueillir jusqu'à 12 millions de passagers, ainsi que des améliorations dans l’aéroport existant.
Un projet intitulé SilkLink souhaite développer les infrastructures de télécommunications et améliorer la connectivité numérique en Syrie, avec un budget estimé à 1 milliard de dollars, comme l’a précisé le ministre syrien des Télécommunications, Abdulsalam Haykal.
D'autres accords incluent des initiatives dans le domaine du dessalement de l'eau et le développement en coopération.
Le ministre saoudien de l'Investissement, Khaled el-Faleh, a également annoncé la création d'un fonds destiné à financer des projets majeurs en Syrie, en collaboration avec le secteur privé saoudien. Tout ceci s’inscrit dans un objectif de « construire un partenariat stratégique », a-t-il déclaré.
Ces projets s’adressent à des secteurs vitaux qui influencent la vie quotidienne des Syriens et représentent des fondations essentielles pour la reconstruction économique du pays, a souligné M. Hilali. En juillet, la Syrie et l'Arabie saoudite avaient déjà signé des accords d'une valeur combinée de 6,4 milliards de dollars.
Un responsable du ministère saoudien de l’Investissement a déclaré : « Ce n'est que le début ». Il a ajouté que l’objectif est d'étendre les investissements à tous les secteurs prioritaires pour les Syriens.
L'envoyé spécial des États-Unis pour la Syrie, Tom Barrack, a salué ces accords, affirmant qu’ils favoriseront les efforts de reconstruction à travers des partenariats stratégiques dans divers domaines tels que l'aviation, les infrastructures et les télécommunications.
Cependant, l'analyste économique Benjamin Fève reste mesuré quant à l’impact réel de ces initiatives. « À court terme, ces accords sont plus un signal politique qu’un véritable moteur de changement économique », a-t-il commenté, précisant que les projets ne répondent pas aux priorités urgentes de la reconstruction.
La Syrie a longtemps subi des sanctions, notamment depuis la répression de manifestations en 2011, lesquelles ont conduit à la guerre. Les récentes levées des sanctions américaines en décembre dernier pourraient ouvrir la voie à un nouvel élan économique. Selon la Banque mondiale, le coût total de la reconstruction pourrait dépasser les 216 milliards de dollars.
Lors d’un déplacement en Arabie saoudite fin octobre, Ahmad al-Chareh a déclaré que son pays avait déjà attiré 28 milliards de dollars d'investissements depuis la chute d'Assad. De plus, en avril, l'Arabie saoudite et le Qatar s’étaient engagés à régler une dette importante de la Syrie vis-à-vis de la Banque mondiale, atteignant environ 15 millions de dollars.







