Réforme du travail : l'Argentine face à une crise tout en votant

Une grève massive n'a pas empêché l'adoption d'une réforme du travail contestée en Argentine.
Réforme du travail : l'Argentine face à une crise tout en votant
Les députés ont adopté le texte à 135 voix contre 115. Alessia MACCIONI / REUTERS

Le jeudi 19 février, l'Argentine a connu une paralysie quasi totale due à une grève générale, mais cela n'a pas freiné l'adoption de la loi sur la réforme du travail soutenue par le président ultralibéral Javier Milei. La loi a été adoptée durant la nuit par les députés, malgré des tensions dans les rues.

Après presque 11 heures de débats, la réforme, qualifiée de « modernisation du travail », a obtenu 135 voix pour et 115 contre. Elle doit maintenant être validée par le Sénat dans les jours qui viennent, une étape que le gouvernement espère franchir rapidement. Javier Milei s'est exprimé sur X, saluant un vote qui, selon lui, vise à « corriger des décennies de stagnation dans les relations de travail en Argentine ».

La grève, la quatrième sous le mandat de Milei, a réuni des milliers de manifestants non loin du Parlement. Le mouvement, bien que majoritairement pacifique, a parfois dégénéré en affrontements entre la police et certains manifestants. Selon des témoignages d'Le Monde, les forces de l’ordre ont utilisé des lacrymogènes et des canons à eau, entraînant plusieurs interpellations.

Jorge Sola, codirigeant de la CGT, a rapporté que la grève avait été suivie à « 90% », touchant particulièrement les secteurs des transports aérien et ferroviaire, laissant les aéroports de Buenos Aires presque vides. « Je dois travailler, mais je crains pour mon emploi. Je vais devoir marcher pour y arriver », témoigne Nora Benitez, infirmière, qui a du mal à se déplacer.

Le chef de cabinet des ministres, Manuel Adorni, a critiqué la grève comme étant « nuisible », soulignant que « couper le transport est une forme d’extorsion ». La tension sociale semble s’accroître deux mois après une victoire de Milei aux législatives.

La réforme, qui inclut des dispositions facilitant les licenciements et l'extension de la journée de travail, est présentée par le gouvernement comme un moyen d'encourager les embauches dans une économie où plus de 40 % des emplois sont informels. En revanche, la CGT critique le projet comme étant « régressif et anticonstitutionnel ».

Javier Milei espère finaliser cette réforme d'ici le 1er mars, jour de son discours annuel au Parlement. Parallèlement, il poursuit sa mission à Washington, participant au « Conseil de paix » de son allié Donald Trump, tout en affichant un succès économique notoire face à une inflation ayant déjà chuté de 150% à 32% en rythme annuel. Cependant, ces résultats s'accompagnent d'une austérité rigoureuse, entraînant la perte de près de 300 000 emplois en deux ans, tant dans le secteur public que privé.

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