À première vue, il ne s’agit que d’une élection locale. Pour autant, le scrutin revêt des enjeux d'envergure, tant nationale qu'internationale. Le 15 mars, le premier tour des élections municipales de 2026 s'annonce chargé, et les tentatives d'influence étrangères se font déjà sentir.
En amont du scrutin, Reporters sans frontières a alerté sur une campagne de désinformation qui s’intensifie. L'organisation a révélé l'existence de plusieurs sites en français diffusant des informations fallacieuses depuis février 2025, tentant de tromper l'opinion publique.
Ces faux sites imitent les médias locaux pour gagner la confiance des lecteurs tout en véhiculant des messages pro-Kremlin. En tout, ce sont 85 sites identifiés par l'ONG, ayant publié plus de 13.900 articles qui biaisent la réalité.
Ces plateformes font écho à des critiques dirigées contre le président français, tout en propageant des récits évoquant le déclin de l'Occident et en vantant les mérites de Vladimir Poutine. Certains de ces sites manipulent des faits locaux pour alimenter une propagande mensongère en détournant des articles d'organes de presse tels que Le Progrès ou Sud Ouest.

Ces tentatives de manipulation s'expliquent par la volonté d'exploiter la proximité que la presse locale inspire. "Le principe est de créer des sites crédibles, et progressivement, de diffuser des informations mensongères pour nuire aux institutions", explique l'historien David Colon.
"Il s'agit de construire une apparence de confiance avant de propager la désinformation. C'est une tactique insidieuse qui vise à fragiliser notre discours public."
Récemment, une enquête menée par Recorded Future a mis en lumière un réseau de faux sites alimentés par l'intelligence artificielle, soupçonnés d'être orchestrés depuis la Russie. Plus de 300 faux portails auraient vu le jour entre février et juin 2025, touchant de nombreux pays occidentaux dans une vaste stratégie d’influence hostile.
Un des sites, appelé 'Actu Directe', a par exemple fabriqué une fausse information sur une cyberattaque, la présentant comme une maladie numérique. Des méthodes telles que des deepfakes et des informations biaisées sont utilisées pour manipuler l'opinion publique, en particulier sur des sujets sensibles liés à la politique internationale.
Un réseau d'influence chinois actif
Parallèlement aux efforts russes, la Chine ne reste pas inactive. Un rapport de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire révèle que de faux sites contrôlés par des sociétés chinoises diffusent également des contenus favorables aux intérêts de Pékin.
Ces plateformes, bien que de qualité médiocre, contribuent à fragiliser la démocratie, en s'attaquant aux médias locaux, tout en favorisant un discours autoritaire. Vincent Berthier de RSF souligne que la réponse ne doit pas se limiter aux périodes électorales : "Promouvoir des sources crédibles est essentiel pour garantir une information fiable et donc l'intégrité de notre démocratie."
Face à cette situation, l'État français a renforcé ses capacités en matière de vigilance numérique. Le service VIGINUM a été créé pour identifier et contrer ces ingérences malveillantes. Un rapport récent a même révélé une opération d’ingérence numérique visant Pierre-Yves Bournazel, candidat aux municipales de Paris, orchestrée par des réseaux pro-russes.
Alors que les élections municipales approchent, les enjeux se cristallisent autour de la protection de la démocratie. Ces opérations de désinformation pourraient avoir des répercussions bien plus larges lors des élections présidentielles de 2027, posant la question de la pérennité de notre système électoral face à ces manipulations externes.







