La guerre au Moyen-Orient place en péril les agricultures d'Afrique et d'Asie du Sud qui dépendent fortement des engrais, dont les prix augmentent en raison de tensions géopolitiques. Maximo Torero, économiste en chef à la FAO, souligne que les perturbations maritimes causent des chocs d'approvisionnement immédiats, alors que la flambée des prix du gaz crée des tensions durables.
Selon des analyses, cette crise pourrait entraîner une hausse de 15-20 % des prix des fertilisants au cours des six prochains mois si la situation perdure. Des pays comme le Bangladesh, avec 53 % de son azote importé du Golfe, affichent un "profil de risque extrême". La situation est particulièrement préoccupante dans les régions densément peuplées où l'agriculture fournit l'essentiel de la nourriture.
Une vulnérabilité alarmante
Les affects de cette crise se répercutent jusqu'en Afrique subsaharienne, où de nombreux petits agriculteurs utilisent déjà peu d'engrais. Une augmentation modérée des prix pourrait les pousser à réduire leur utilisation, exacerbant les problèmes de rendement. Le Sudan et la Somalie figurent parmi les pays particulièrement vulnérables, ayant des taux de dépendance élevés aux engrais importés.
La flambée des prix des engrais initiée par la guerre en Ukraine a déjà eu des effets dévastateurs : "on met un peu moins d'engrais, et cela se ressent immédiatement sur les rendements", explique Matthieu Brun, de la Fondation Farm.
Sols dégradés et alternatives durables
En Afrique comme en Asie, les sols sont souvent épuisés par des pratiques agricoles intensives. Ce phénomène a été accentué par la 'Révolution verte', où des variétés améliorées ont été introduites sans un apport suffisant en nutriments nécessaires pour maintenir la santé des sols. Des chercheurs soulignent que ces sols pourraient produire des rendements bien plus élevés avec une gestion adéquate des nutriments.
Cela dit, les solutions agroécologiques comme des jachères prolongées ou l'utilisation de cultures de légumineuses pour enrichir les sols commencent à émerger. Cependant, la concurrence pour l'espace fait que leur adoption reste limitée, notamment dans des pays comme l'Éthiopie et la Tanzanie.
"Un discours visant à bannir les engrais, dans le contexte africain actuel, n'est pas pertinent", suggère un agronome. L'expertise sur le terrain et l'usage judicieux des engrais demeurent essentiels pour maintenir un niveau de production suffisant, spécialement dans un monde de plus en plus incertain.







