Alors que l'avion de Donald Trump se posait mercredi à Pékin, l'un des enjeux majeurs de leur rencontre dépassait largement les simples discussions sur le pétrole et l'Iran. Ce dossier épineux concernait en effet la bataille des terres rares, ces matériaux cruciaux pour les technologies modernes et les capacités militaires.
Dans le contexte d'un conflit durable au Moyen-Orient, l'armée américaine se trouve de plus en plus dépendante des terres rares importées de Chine pour renouveler son matériel de défense. En 1992, Deng Xiaoping affirmait déjà : "Le Moyen-Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares". Ironiquement, cette prédiction prend aujourd'hui un écho géopolitique prégnant.
Trente ans plus tard, la domination chinoise sur le marché des terres rares est indéniable. Les entreprises de la région contrôlent presque intégralement cette chaîne de valeur, allant de l'extraction à la transformation de ces matériaux essentiels, jusqu'à leur intégration dans des produits techniques variés.
Ces 17 minerais indispensables pour tout
Le groupe des terres rares regroupe 17 éléments chimiques, principalement métalliques, dont certains, malgré leur appellation, ne sont pas si rares. Des éléments tels que le cérium, l'europium, l'erbium et l'yttrium sont essentiels dans la fabrication d'une multitude de produits, allant des smartphones aux technologies de défense. Par exemple, le F-35 nécessite environ 400 kg de terres rares pour ses diverses fonctionnalités, incluant les revêtements furtifs et les composants électroniques.
En 2025, Pékin avait prévu de lever certaines restrictions concernant les exportations de terres rares, mais en réalité, obtenir les licences reste un processus complexe, ce qui crée des difficultés pour l'industrie de l'armement américaine, déjà affaiblie par la guerre en Iran.
Washington joue la carte du multilatéralisme
Pour contrer cette dépendance, Washington a annoncé en février dernier son intention d'établir une réserve de terres rares et d'autres minerais critiques, pour protéger son secteur industriel, notamment dans le domaine militaire. L'agence Bloomberg a rapporté que ce projet serait soutenu par un prêt de la Banque américaine d'import-export, totalisant environ 10 milliards de dollars.
L'administration Trump a également choisi de favoriser le multilatéralisme en raison de cette situation. Le 4 février dernier, près d'une cinquantaine de pays, dont des membres de l'UE, l'Australie, le Japon et l'Inde, se sont réunis à Washington pour établir un accord sur le commerce des minerais critiques. Cet accord vise à influencer les prix imposés par Pékin.
En outre, les États-Unis ont multiplié des accords avec l'Ukraine et la RDC pour garantir l'accès prioritaire aux matériaux critiques, tout en manifestant un intérêt croissant pour explorer les ressources du Groenland. Cependant, malgré ces efforts stratégiques, l'administration américaine demeure soumis à la réalité de sa dépendance vis-à-vis de la Chine, surtout lors de ces visites de haut niveau. Ce sommet n'est donc pas qu'une simple rencontre protocolaire, mais un moment clé dans une dynamique géopolitique complexe.







