Chapare, l'épicentre de la rébellion bolivienne contre le gouvernement

La région du Chapare, bastion d'Evo Morales, s'oppose au pouvoir en place avec détermination.
Chapare, l'épicentre de la rébellion bolivienne contre le gouvernement
©MARTIN BERNETTI, AFP - Une barricade bloque l'entrée de Lauca Ene, où des peuples autochtones et des habitants locaux passent la nuit en attendant la décision de leurs dirigeants sur la poursuite des blocage

En bordure d'un camp militaire, des cultivateurs de coca s'installent pour protester, défiant ainsi l'état d'urgence qui l'interdit. Dans le Chapare, cette région de Bolivie, les habitants contestent l'autorité gouvernementale et revendiquent le contrôle de leur territoire.

C'est ici que se cache l'ancien président Evo Morales, au pouvoir de 2006 à 2019, désormais protégé par ceux qui ont formé le socle des mouvements populaires contre le président de centre droit, Rodrigo Paz. Morales refuse de se plier à un mandat d'arrêt pour des accusations de traite présumée de mineure, qu'il dément.

"Je ne vais pas me rendre. Celui qui négocie sa survie n'est pas digne", a affirmé Morales dans un entretien avec l'AFP.

Depuis le Chapare, peuplé de 260 000 âmes, l'ancien président a annoncé une pause dans les barrages routiers ayant paralysé les villes boliviennes pendant près de deux mois, les privant de nourriture, de médicaments et de carburants.

Bien que la circulation ait repris, des manifestants demeurent prêts à relancer leurs actions.

À l'abri du soleil sous des bâches, ces cultivateurs de coca, qui forment l'épine dorsale de l'économie locale, brandissent des pancartes demandant la démission de Rodrigo Paz et reçoivent le soutien des habitants.

"La lutte continuera jusqu'à ce que ce gouvernement pourri s'en aille", déclare Rosalia Vilca, 39 ans, vendeuse de "salchipapa" dans le village de Shinahota.

"Qu'il vienne ici s'il est un homme, nous protègerons Evo. Avec lui, nous avons connu 14 années de prospérité", défie-t-elle, face aux menaces de Paz de reprendre le Chapare.

La culture de la coca est omniprésente dans le Chapare, des petites exploitations agricoles aux bords des routes où la feuille est séchée au soleil. Bien que la Bolivie soit le troisième producteur mondial de cocaïne, les habitants défendent principalement la consommation traditionnelle de la feuille pour ses vertus alimentaires et médicinales.

Selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), plus de 90 % de la production de la région ne respecte pas le circuit légal, bien que cela ne signifie pas qu'elle alimente entièrement le trafic de drogue.

"On nous traite de narcotrafiquants, mais ce n'est pas vrai. Nous travaillons et subissons aussi les blocages", témoigne Zulma Torres, 42 ans, employée à la gare routière de Shinahota.

"Dans le Chapare, nous sommes prêts à donner notre vie pour Evo", insiste-t-elle face aux accusations gouvernementales.

Evo Morales vit à Lauca Eñe, un village de 900 habitants, bastion du syndicat des cocaleros qu'il dirige. L'accès à ce lieu nécessite une escorte et le franchissement de barricades tenues par des vigiles armés de lances et de boucliers.

Les familles s'y regroupent pour former un bouclier humain, se nourrissant de soupes populaires dans un mélange de quechua et d'espagnol.

Sur les routes du Chapare, des vendeurs proposent illégalement des bidons d'essence à des prix exorbitants, une situation amplifiée par la pénurie de carburants, qui persiste malgré les blocages.

"Nous sommes ignorés par le gouvernement, qui refuse de nous écouter. L'essence se fait rare ici", déclare Nicolas Garcia, chauffeur de 52 ans.

Récemment, des coupures d'électricité ont touché le Chapare, perçues comme des représailles, selon Morales.

"Leurs actions n'amèneront qu'une révolte plus forte du peuple bolivien", conclut Mario Flores, 51 ans, commerçant à Shinahota.

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