Strasbourg (AFP) – Pour une fois, le débat au sein du Parlement européen semble se concentrer davantage sur des lignes nationales que sur des divisions partisanes. Un vote décisif est programmé ce mercredi concernant l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays du Mercosur. Ce vote portera sur l'éventuelle saisine de la Cour de justice de l'Union européenne pour évaluer la validité de cet accord signé au Paraguay.
La décision, qui se profile comme un enjeu majeur, pourrait s'avérer très serrée. Les opposants à la saisine font valoir l'importance d'une mise en œuvre rapide de l'accord, surtout face aux menaces de nouvelles taxes douanières que fait planer le président américain Donald Trump. De leur côté, les partisans d'un recours devant la Cour espèrent que cette démarche leur permettra de retarder la ratification et donc l'application de l'accord.
Un fait marquant est l'unanimité des 81 députés français, allant de l'extrême gauche à l'extrême droite, qui se prononceraient en faveur de cette saisine. Ils ont récemment été rejoints par des milliers d'agriculteurs venus exprimer leur hoquet face à cet accord. Celui-ci entend établir l'une des plus vastes zones de libre-échange au monde entre l'UE et le Mercosur, englobant plus de 700 millions de consommateurs.
Une bataille aux enjeux considérables
Les eurodéputés ne voteront sur l'accord en son entier que dans les mois à venir, mais le scrutin de mercredi est déjà perçu comme crucial par les défenseurs et les détracteurs de cet accord négocié depuis 25 ans. Pendant ce temps, certains membres du principal groupe politique du Parlement, le PPE, se mobilisent pour tenter de faire pencher la balance de leur côté. François-Xavier Bellamy, eurodéputé des Républicains, a souligné l'importance de rassembler les voix pour bloquer cet accord.
En parallèle, le président du PPE, Manfred Weber, a exprimé son soutien à l'accord, le qualifiant d'"anti-Trump". Les partisans misent sur l'idée que la menace américaine pourrait inciter d'autres à envisager la nécessité urgente de nouveaux partenariats commerciaux.
La dynamique de pouvoir qui émerge à travers les lignes politiques traditionnelles se retrouve aussi chez le groupe ECR, où les membres sont partagés, certains plaidant pour la saisine et d'autres s'y opposant. Cela reflète la fragmentation croissante des opinions à l'égard de cet accord. Expert en commerce international, Jean-Marc Sylvestre affirme que "l'accord pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur l'agriculture européenne, surtout si les normes de qualité ne sont pas respectées".
Les opposants au Mercosur demeurent prudents, bien que la saisine de la Cour pourrait rallonger le processus. En effet, les traités européens ouvrent la voie à une application provisoire de l’accord, rendant la situation encore plus complexe. La prochaine échéance se profile comme une véritable bataille, selon David Cormand, eurodéputé des Verts. Si la saisine échoue, de nombreux observateurs, dont Pascal Canfin du groupe Renew, estiment que l’adoption de l’accord avec le Mercosur pourrait être inéluctable.







