L'ombre de Poutine : l’analyse d'un historien sur la perception du conflit ukrainien

L'historien Stéphane Audoin-Rouzeau dépeint une réalité troublante du déni européen face à la guerre.
L'ombre de Poutine : l’analyse d'un historien sur la perception du conflit ukrainien

Le 24 janvier, l'historien Stéphane Audoin-Rouzeau a été accueilli dans l'émission "Tout est politique" sur franceinfo. À cette occasion, il a présenté son ouvrage "Notre déni de guerre", publié le 23 janvier, où il aborde les attitudes européennes envers la guerre en Ukraine.

Pour visionner l'intégralité du reportage, consultez la vidéo ci-dessous.


Myriam Encaoua : Vous évoquez l’idée persistante que "la guerre serait finie", une illusion que vous qualifiez de "déni de guerre". Qu’est-ce que cela implique ?

Stéphane Audoin-Rouzeau : Le déni de guerre revient à ignorer ce que l'on sait, tout en le refusant. C'est une manœuvre mentale complexe, mais profondément ancrée. Depuis longtemps, l'Europe aspire à éradiquer la guerre des relations internationales. Après la Première Guerre mondiale, beaucoup ont cru qu'une ère de paix commencerait. Cependant, l'échec à réaliser cet objectif a entraîné un retour cyclique des conflits.

Pourquoi cette croyance que chaque guerre serait la dernière ?

Certainement parce qu'après 1945, en Europe, nous avons pensé avoir définitivement premium un modèle de paix. La guerre froide a semblé fonctionner comme un frein, mais particulièrement entre 1989 et 1991, nous avons été séduits par l'idée d'une paix durable avec la chute du bloc soviétique, ce qui nous faisait croire à la fin de la guerre.

Vous affirmez également que le déni réside dans notre refus de reconnaître un ennemi commun.

Je m’appuie sur les mots du penseur Julien Freund : les pacifistes considèrent souvent qu’il n’existe pas d’ennemi tant qu’ils ne le désignent pas. Pourtant, Poutine ne cesse de nous désigner comme adversaires depuis longtemps, notamment depuis son discours en 2007, suivi des épisodes en Géorgie et Crimée. Ignorer cette réalité constitue la forme même de notre déni.

Franceinfo : Vous reliez ce déni à la situation actuelle, où l'Europe semble paralysée face à une guerre à ses portes.

C'est vrai. Nous voyons que ce déni entrave les décisions et retarde des actions qui auraient pu soutenir l'Ukraine bien plus tôt. La perception erronée de Poutine comme un acteur rationnel avant le 24 février 2022 a conduit beaucoup à prétendre que la guerre ne pouvait pas arriver. Or, cette approche, négligente, porte une lourde responsabilité quant aux difficultés rencontrées par l'Ukraine aujourd'hui.

Il devient crucial d'admettre la réalité des rapports de force, car la guerre n'est pas simplement une question de volonté pacifiste, mais aussi de capacités militaires et stratégiques. En tant que fervent supporter de l'Ukraine, j'en viens à craindre que ce déni ne change la dynamique du conflit.

La leçon historique que nous devons tirer de la Première Guerre mondiale s'applique ici : négliger la menace ne conduit qu'à des erreurs catastrophiques.

Pour approfondir cette discussion, n’hésitez pas à visionner l'entretien intégral.

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