Le Sénat avance sur la restitution des biens coloniaux : un enjeu historique

Le Sénat examine une loi pour faciliter la restitution des biens coloniaux demandée par plusieurs pays.
Le Sénat avance sur la restitution des biens coloniaux : un enjeu historique
Les statues des Œuvres des trésors royaux d'Abomey exposées puis restituées au Bénin, au Musée du quai Branly à Paris le 10 septembre 2021 © Christophe ARCHAMBAULT / AFP/Archives

Paris (France) – Des trésors longtemps gardés en France pourraient bientôt retrouver leur terre d'origine. Face à une vague de demandes de restitution, le Sénat se penche ce mercredi sur une loi-cadre destinée à encadrer le retour de biens coloniaux vers des pays comme le Mali ou l'Algérie.

Ce projet de loi, qui arrive sur la table du Sénat après plusieurs reports, a suscité des attentes considérables. Présenté comme une concrétisation de la promesse du président Emmanuel Macron faite à Ouagadougou en 2017, il vise à clarifier le processus de restitution des biens acquis de manière jugée "illicite" durant l'époque coloniale. L'objectif : faciliter le retour d'œuvres d'art et d'objets conservés dans les musées français au bénéfice des nations qui en réclament la restitution.

Le principe d'inaliénabilité des collections publiques rendait jusqu'ici ce retour complexe. Les objets ne pouvaient être restitués que par le biais de lois spécifiques, souvent considérées comme des exceptions, ou par des "prêts" temporaires. Le dernier exemple en date concerne un tambour parleur, le "Djidji Ayokwe", restitué à la Côte d'Ivoire grâce à une loi adoptée en 2025.

Vers une méthode rigoureuse

Catherine Morin-Desailly, sénatrice centriste et figure de proue dans ce dossier, insiste sur la nécessité de mettre fin aux décisions unilatérales des autorités. "Il faut dire stop à ce +fait du prince+, au profit d'une méthode rigoureuse", déclare-t-elle. Dans un élan transpartisan, les sénateurs plaident pour la création d'une commission nationale permanente capable d'évaluer les demandes de restitution.

"L'idée n'est pas de vider les musées, mais de répondre de manière authentique à la dynamique de reconnaissance de notre histoire", a ajouté Mme Morin-Desailly. Le projet de loi ne concerne que les biens acquis entre 1815 et 1972, et un rapport sénatorial dénombre déjà une douzaine de demandes de restitution émanant de différents pays.

Parmi ces demandes, l'Algérie réclame les effets personnels de l'émir Abdelkader, héros de la résistance anti-coloniale, tandis que le Mali souhaite récupérer des objets de son trésor, dont certaines pièces fort prisées. Le Bénin a également déposé des requêtes pour des statues et autres artefacts culturels.

Le projet, soutenu par la ministre de la Culture Rachida Dati, pourrait être l'un des derniers à porter son nom avant son départ du gouvernement, en ligne avec sa candidature aux municipales à Paris.

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