L'Autriche a su captiver les cœurs, et Isabelle Huppert en est la preuve : l'actrice française incarne une vampire fascinante dans "Die Blutgräfin" ("La Comtesse sanglante"), une réinvention baroque mise en scène par Ulrike Ottinger et présentée lors de la Berlinale.
Avec des dialogues coécrits par Elfriede Jelinek, lauréate du prix Nobel de littérature 2004, le film se distingue par sa force et son audace. "C'est brut et mordant, exactement ce que j'attendais de sa plume", a déclaré Isabelle Huppert à l'AFP lors d'un entretien avec la presse.
Elle ajoute que le film possède également une légèreté : "J'ai toujours pensé que 'La Pianiste', que j'ai incarnée en 2001, oscillait entre des tonalités sombres et un sens humoristique, typique de la tradition autrichienne".
Dans "La Comtesse sanglante", les répliques signées Jelinek évoquent des références spécifiques à la riche culture et à l'histoire autrichiennes, comme l'explique Ulrike Ottinger, figure de proue de l'avant-garde artistique allemande.
Contactée pour l'écriture du scénario dans les années 2000, Huppert a ressenti une forte envie de participer à cette aventure avec une réalisatrice au style anticonformiste, capable d'apporter une dimension poétique à son œuvre.
Véritable carte postale, cette comédie noire plonge le spectateur dans une Vienne où le présent et le passé se côtoient, ornée d'architectures baroques et de ruelles pavées, tout en explorant les vestiges de l'ancien empire austro-hongrois.
"Je suis revenue tant de fois à Vienne depuis mon enfance, accumulant tant de souvenirs liés à la ville, que ce soit pour des projets ou des performances", confie Isabelle Huppert lors de la conférence de presse.
Elisabeth Bathory, la mythique comtesse hongroise du XVIe siècle, accusée de nombreux meurtres, cherche à retrouver un ominous grimoire susceptible d'assurer sa survie.
Son retour prend des allures de croisière lente dans une péniche monumentale, voguant sur le lac souterrain de la Seegrotte, une attraction prisée des touristes viennois.
Outre un hommage esthétique à la ville, Huppert souligne la temporalité indéfinie du film, qui transcende les époques et brouille les frontières entre passé et futur.
Entre vampires amateurs de légumes et dîners macabres où des hommes sont préparés par des femmes, Ulrike Ottinger livre une œuvre à la fois légère et piquante, mettant en scène la célèbre drag queen Conchita Wurst.
"C'est un excellent acteur et chanteur", souligne Isabelle Huppert à propos de l'artiste vainqueur de l'Eurovision 2014.
Plus qu'un simple récit queer, Huppert souhaite mettre en lumière la symbolique sociale, où une noblesse vampirique tire sa force du sang de la population.
"Le monde est inéquitable, et (Ulrike Ottinger) le démontre avec humour. Il s'agit de prendre aux plus démunis"," explique-t-elle.
Interrogée par l'AFP, la légende du cinéma français, âgée de 72 ans, s'éloigne de toute identification avec son personnage : "Je ne fais jamais de parallèles entre moi et mes rôles".
Quant à la perspective de l'immortalité, elle n'en est pas convaincue.
Lors de la présentation du film, son style distinctif, comprenant lunettes de soleil, robe toge et gants blancs, confirmait son statut mythique dans l'univers du cinéma.







