Lors d'un sommet informel tenu dans une ancienne commanderie des chevaliers Teutoniques, le Premier ministre belge, Bart de Wever, a rassemblé ses homologues européens le 12 février. Cette rencontre, désignée comme une « retraite », visait à esquisser les réactions de l'Europe face aux bouleversements mondiaux actuels. Le renouveau européen, axé sur l’affirmation face aux grandes puissances, a été au cœur des débats.
Depuis l'Allemagne unifiée au cœur des enjeux politico-économiques européens, le président français, Emmanuel Macron, a été l'un des premiers à exposer sa vision lors d'un entretien avec plusieurs médias européens le 10 février.
« On a gagné ce combat idéologique. »
Selon Macron, l'Europe risque d'être « balayée dans les trois à cinq ans » si elle n'adopte pas une réaction rapide. Il propose d'investir massivement dans ce qu'il appelle « les industries de demain »: défense, transition écologique, intelligence artificielle et informatique quantique. Sa proposition phare consiste à émettre des eurobonds à hauteur de 1 200 milliards d'euros par an, financés par l'Union européenne. En outre, il évoque la mise en place d'une « préférence européenne » en faveur des producteurs locaux, afin de contrer la concurrence déloyale des produits « sursubventionnés » d'outre-mer.
Les idées de Macron, qui ont longtemps semblé en marge des discours politiques européens, commencent lentement à faire leur chemin. En décembre dernier, Ursula von der Leyen a reconnu le besoin d'une certaine forme de protection pour l’industrie automobile. De plus, Stéphane Séjourné, vice-président français et responsable de la stratégie industrielle, a mobilisé un millier de dirigeants d'entreprises européennes autour d'une « véritable préférence européenne ». Le sommet a aussi vu la participation de leaders comme Mario Draghi et Enrico Letta, qui ont récemment plaidé pour des mesures audacieuses en faveur de l'Europe. Cela a conduit Macron à affirmer, en toute confiance : « On a gagné ce combat idéologique. »
L’avènement d’une stratégie commune face aux empires
Cependant, la réalité est d’une toute autre nature. Les grands groupes européens hésitent à s’associer aux initiatives de Séjourné, craignant des répercussions sur leurs marchés internationaux. Les pays nordiques, quant à eux, restent résolument attachés à leurs liens avec les États-Unis et au libre-échange. Pour couronner le tout, nombreux sont ceux qui, derrière l'Allemagne, n’aspirent pas à financer les échecs économiques de la France, souvent qualifiée d’« homme malade de l’Europe ».
Macron reste persuadé que seul un niveau d’intégration plus élevé pourra résoudre les défis actuels. « Nous avons besoin d’une nouvelle échelle et d’une nouvelle vitesse dans notre approche afin de mettre fin à la fragmentation qui affaiblit et risque d’humilier l’Europe, » affirme-t-il, tout en risquant de sacrifier un peu de la souveraineté nationale. En écho, Charles de Gaulle avait lui aussi prôné une renaissance industrielle basée sur la protection et la dévaluation. Demeurer dans l’erreur ne semble pas une stratégie judicieuse, comme le rappelle l'histoire.







