Saadia Mosbah, figure emblématique de la lutte antiraciste en Tunisie, a été condamnée à huit ans de prison le 19 mars, selon son avocate, marquant ainsi une escalade dans la répression contre les acteurs de la société civile. Emprisonnée depuis près de deux ans, elle était accusée de malversations financières, des accusations jugées comme des manœuvres politiques par plusieurs défenseurs des droits humains.
Me Hela Ben Salem, membre de son équipe juridique, a qualifié ce verdict de « choquant », soulignant qu'il envoie un message claire : le travail associatif est perçu comme suspect par le régime actuel. Un appel a été immédiatement annoncé.
Au cœur d'une polémique déclenchée par un discours du président Kaïs Saïed dénonçant l'arrivée de « hordes de migrants clandestins », Saadia Mosbah, âgée de 66 ans, a toujours défendu les droits des migrants subsahariens. En plus de sa peine de prison, elle a écopé d'une amende de 100 000 dinars (environ 30 000 euros).
Lors des dernières audiences, ses avocats ont plaidé non coupable, rappelant que d'autres membres de l'association « M’nemty » – qui signifie « mon rêve » – avaient également été jugés pour blanchiment d'argent et enrichissement illégal. Son fils, Fares, a reçu une condamnation de trois ans, tandis qu'une militante a été condamnée à deux ans.
Un contexte de répression croissante de la société civile
Dans un communiqué, l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits et l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) ont appelé les autorités tunisiennes à libérer Mme Mosbah, en raison de son âge et de son état de santé. Selon leurs observations, cette affaire s'inscrit dans une tendance inquiétante de répression, avec de plus en plus de poursuites contre les défenseurs des droits humains.
Me Ibtissem Jebabli, une autre avocate de Mme Mosbah, a précisé que les financements de l'association provenaient de sources « reconnues au niveau international », réfutant les accusations de gestion douteuse. De plus, elle a souligné que Mme Mosbah n’était pas enrichie ni ne possédait de propriétés.
« Même si des erreurs de gestion ont pu être commises, cela ne doit pas occulter le rôle crucial de M’nemty dans l'élaboration d'une législation antiraciste », a affirmé Me Jebabli.
A l'origine de l'adoption de lois contre les discriminations raciales
Ancienne hôtesse de l'air, Saadia Mosbah a été l'initiatrice d'une loi pionnière contre les discriminations raciales adoptée en 2018. Lors du procès, son avocate Monia El Abed a souligné que les sommes sur les comptes de la militante ne permettaient pas de parler de blanchiment.
Des membres d'ONG s'étaient mobilisés en soutien à Mme Mosbah, dénonçant une « criminalisation » des actions humanitaires. Romdhane Ben Amor, membre du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), a exprimé une certaine inquiétude face à l’évolution du dossier, tout en qualifiant les accusations de « vides ».
Depuis l'instauration du pouvoir autoritaire par Kaïs Saïed en 2021, les ONG locales et internationales signalent une détérioration des droits de l'homme en Tunisie, avec des opposants politiques emprisonnés et des poursuites judiciaires visant des avocats, journalistes et défenseurs des droits.







