La mise en place du repas à un euro, adoptée pour tous les étudiants depuis le 1er mai 2026, soulève des inquiétudes financières pour le modèle économique des Crous. Un rapport parlementaire, rendu public jeudi, considère cette mesure comme un risque pour la viabilité des établissements du réseau.
Charles Sitzenstuhl, rapporteur spécial sur l'Enseignement supérieur, a souligné devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale que ce choix budgétaire pourrait s'avérer « contestable ». Selon lui, l'activité de restauration des Crous présente déjà des déficits importants, alors que le coût de réalisation d'un repas est estimé à 7,89 euros pour 2025. En conséquence, l'équilibre financier de ces restaurants s'appuie majoritairement sur des subventions étatiques.
Initié lors de la pandémie de Covid-19, ce dispositif, à l'origine réservé aux étudiants boursiers, a été élargi à tous les étudiants dans le budget 2026, suite à un compromis entre le gouvernement et les députés socialistes. Ce changement représente une dépense supplémentaire estimée à 90 millions d'euros par an.
Cependant, le rapporteur insiste sur le fait que ce financement est largement insuffisant. Les besoins financiers réels s'évaluent entre 61 et 89 millions d'euros dès 2026, dépassant ainsi la dotation initiale de 59 millions d'euros, pour atteindre potentiellement 116 millions d'euros par an.
Sur le plan opérationnel, le rapport met en évidence le risque de saturation de certains restaurants universitaires, ce qui pourrait « mécaniquement diluer l'aide pour les plus précaires » et engendrer des tensions parmi le personnel. Le réseau national (Cnous) prévoit une augmentation de 12 % du nombre de repas distribués aux étudiants non boursiers en 2026 et de 10 % en 2027.
Sitzenstuhl critique la solution proposée, qualifiant la généralisation du repas à un euro de « réponse de surface » aux véritables problèmes auxquels font face les étudiants. Il appelle plutôt à une réforme structurelle des bourses, que le gouvernement a promis depuis un certain temps, et qu'il estime « plus efficace et plus juste » pour aider les étudiants en situation de précarité.
Face à ces inquiétudes, le ministère de l'Enseignement supérieur a réaffirmé sa disposition à ajuster le dispositif au besoin. « Nous avons mis en œuvre cette mesure depuis mai et nous veillerons à ce que les choses se passent au mieux », a assuré le porte-parole du ministère auprès de l'AFP.







