Dans l'émission "4V", diffusée le 17 février, Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine et médecin en chef des urgences à l'Hôpital Pompidou, a exprimé de vives critiques sur le projet de loi relatif à la fin de vie. Il juge cette proposition, qu'il qualifie de trop permissive, comme un risque pour les personnes vulnérables. La priorité, selon lui, doit être l'accès universel aux soins palliatifs avant même de penser à légaliser l'euthanasie.
Gilles Bornstein : Vous êtes en opposition à ce texte sur la fin de vie qui a été réexaminé à l'Assemblée nationale. Pourquoi le trouvez-vous insuffisamment strict ?
Philippe Juvin : Il est important de noter que plusieurs maladies graves, y compris certains cancers métastatiques, peuvent être gérées grâce à des traitements modernes, permettant aux patients de vivre pendant des années. Ce texte ne se limite pas à la fin de vie; il pourrait toucher des milliers de patients, ce qui crée un malentendu sur la nature réelle de cette loi.
Cependant, dans certaines situations, des patients font face à une issue rapide et souffrante. Pourquoi leur refuser le choix de mourir ?
Des structures spécialisées existent pour gérer la douleur, mais leur accessibilité est encore déficiente. Actuellement, une consultation en soins palliatifs peut nécessiter d'attendre entre 2 et 7 mois, alors que l'euthanasie pourrait être mise en œuvre en quelques jours. Près de la moitié des Français nécessitant des soins palliatifs n'y ont pas accès. Mon inquiétude réside dans le fait que faute de soins appropriés, des patients puissent être contraints de recourir à l'euthanasie, prétendument pour des raisons de "liberté".
Certains défendent l'idée que la loi privilégie le libre choix.
Certes, il existe une certaine liberté, mais celle-ci est conditionnée par des réalités socio-économiques. Pour un patient isolé et souffrant, la décision de mettre fin à ses jours peut sembler plus tentante en l'absence de soutiens adéquats. L'isolement et la précarité influencent la décision de mourir.
Votre argument met en lumière que cette loi semble davantage bénéfique pour des personnes privilégiées, laissant de côté les plus démunis.
C'est exact. Lorsqu'on dispose de ressources et d'un entourage, la fin de vie est généralement plus douce. Dans les pays ayant légalisé l'euthanasie, on constate que les populations défavorisées y ont souvent recours. En tant que médecin, j'ai accès aux soins palliatifs, mais mon voisin, sans réseau, n'aura pas cette chance. Sommes-nous vraiment égaux face aux soins ? La réponse est non. Avant toute légalisation de l'euthanasie, il faut garantir l'égalité d'accès aux soins, ce qui n'est pas le cas actuellement.
Certains affirment qu'il est possible de concilier développement des soins palliatifs et légalisation de l'euthanasie.
Ce n'est pas réaliste. Le développement des soins palliatifs prendra beaucoup de temps alors que l'euthanasie pourrait être accessible immédiatement. La question centrale est que l'on prétend offrir un choix, alors que les conditions économiques et sociales rendent cette liberté illusoire. Un jeune homme, touché par une grave maladie, m'a dit : "Ma vie est un combat quotidien, j'ai besoin d'aide à chaque instant. Mais vous m'offrez un pistolet en disant que je suis libre de ne pas m'en servir." Fraternité et solidarité ne se résument pas à un choix simpliste ; elles requièrent un véritable soutien.







