À l'initiative des députés Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L’Après), un projet de loi (PPL) visant à réduire les niveaux de cadmium dans notre alimentation sera examiné à l'Assemblée nationale à partir du 2 juin. Cette démarche fait suite à une alerte des Unions régionales des professionnels de santé (URPS), qui désignent depuis un an ce métal lourd comme une « bombe sanitaire » pour la population française.
Le cadmium, reconnu comme cancérogène depuis 1993, représente un risque accru pour la santé publique, contribuant à une augmentation alarmante des cas de cancers du pancréas, ayant quadruplé en 30 ans en France. De plus, il est également lié à d'autres types de cancers, notamment ceux du foie et du poumon.
Dans leur proposition initiale, Benoît Biteau et Clémentine Autain prônaient une interdiction totale du cadmium. Cependant, la version débattue du PPL, votée en commission, propose une réduction progressive des taux de cadmium dans les engrais phosphatés, principaux vecteurs de cette toxicité dans nos sols. Cette décision a suscité des discussions sur le calendrier de mise en œuvre, étant donné que certains pays européens se sont déjà fixé des normes plus strictes, limitant l'apport à 20 mg.
Nous devons agir maintenant
Les initiateurs de cette législation soulignent l’urgence d'agir, affirmant que la France est actuellement « championne d’Europe » en matière de contamination par le cadmium. "Nous traversons une situation particulièrement préoccupante", déclare Benoît Biteau, en évoquant les concessions nécessaires en raison d’un approvisionnement en engrais souvent basé sur des importations riches en cadmium.
Le collectif Agir pour l’environnement s'inquiète de l’éventualité d’un retard dans la mise en œuvre de cette loi, conditionnée par des rapports futurs, ce qui pourrait agir comme un frein pour de nombreuses années. Plusieurs experts, comme ceux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et d'autres associations, pressent pour une réduction rapide des seuils de cadmium.
Santé publique face aux intérêts économiques
Ce projet de loi rencontre des critiques de la part de certains élus, qui soulignent le risque qu’il représenterait pour la compétitivité des agriculteurs. La députée Louise Morel (MoDem) évoque des préoccupations quant à l'impact économique, tandis que Christelle Minard (LR) craint des impacts sur les coûts d'approvisionnement pour les agriculteurs. Cependant, Benoît Biteau conteste ces arguments, faisant état de solutions viables pour adapter les méthodes d’engrais avec un surcoût minimal, estimé à seulement 2 euros par hectare.
Un rassemblement de malades du cancer du pancréas et de proches de victimes a également exprimé son soutien au PPL, soulignant que garantir un environnement sain est non seulement une nécessité, mais un droit constitutionnel. Ces militants pressent le gouvernement à ne pas retarder l’action, précisant que le moment d’agir est désormais crucial.
La validation finale du PPL est prévue pour le 3 juin, un vote qui pourrait bien déterminer l’avenir de la santé alimentaire en France.







