Quatre-vingts ans après le meurtre d'un garde-chasse dans l'Indre, la Cour de révision doit trancher jeudi sur l'affaire de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, largement débattue au fil des décennies et objet d'une mobilisation pour leur réhabilitation.
Cette affaire, devenue emblématique dans la région du Berry, a suscité un fort soutien pour ceux qui soutiennent l'innocence des deux hommes, portant cette décision à 11H00 comme leur dernière chance de changement.
Après sept demandes depuis 1952 et un amendement législatif en 2021, cette affaire se retrouve finalement examinée par la Cour de révision, seule instance capable d'annuler leur condamnation à quinze ans de travaux forcés.
La cour ne se prononcera pas directement sur la culpabilité des deux hommes, mais devra évaluer si le dossier, débarrassé de plusieurs pièces-clés obtenues de manière contestable, suscite des doutes sur leur culpabilité.
Gabriel Thiennot et Raymond Mis, décédés en 2003 et 2009, ne peuvent plus être jugés; une éventuelle annulation de leur condamnation les placerait dans un positionnement de présomption d'innocence.
Lors de l'audience, Thierry Thiennot, fils de Gabriel, a affirmé avec ferveur : "Dans ce dossier, il n'y a aucun doute : ce ne sont pas eux les coupables. Ils ont subi une enquête menée par des ganaches, avec des méthodes dignes de la Gestapo."
Cependant, l'avocat général Pascal Bougy a mis en garde contre la pression de l'opinion publique, arguant qu'il n'existe pas d'élément nouveau susceptible de renverser la décision antérieure de la cour d'assises.
Le 31 décembre 1946, le corps du garde-chasse Louis Boistard est découvert criblé de plomb à Saint-Michel-en-Brenne. L'enquête suit rapidement une piste impliquant un conflit avec des chasseurs surveillés par Boistard ce jour-là.
Après avoir initialement avoué, Mis et Thiennot sont revenus sur leurs déclarations, clamant leur innocence. En 1950, malgré deux procès annulés, ils sont condamnés à quinze ans de travaux forcés.
La récente requête en révision a été facilitée par un amendement qui permet à la Cour de révision d'examiner des cas de condamnations basées sur des aveux obtenus sous la torture.
L'avocat Jean-Pierre Mignard, représentant les héritiers, a plaidé que la Cour ne devrait pas entériner une procédure bafouant des droits fondamentaux : "Nous sommes en 2026, il est temps de faire justice." La question de l'innocence des deux hommes, cependant, est loin d'être acceptée par tous. François Saint-Pierre, représentant la fille de Louis Boistard, a insisté sur le fait que la croyance en l'innocence de Mis et Thiennot n'est qu'un mythe déconnecté de la réalité.
Il a souligné qu'une rétrogradation de l’enquête dériverait vers une énigme sans responsable pour le meurtre de son père, ce qui est profondément problématique pour la famille Boistard. Les révisions de condamnations pénales sont extrêmement rares en France, seulement une douzaine depuis 1945.







