Après près d'une décennie de batailles juridiques, Philippe Karsenty a été jugé coupable de diffamation. Bien que la justice n'ait pas remis en question son analyse minutieuse des images diffusées par France 2, elle a appliqué strictement la législation relative à la diffamation. Ses avocats qualifient ce jugement de "technique", arguant qu'il n'est pas au service de la vérité historique.
Le 22 novembre 2004, Karsenty publiait sur son site Media-Ratings un article nommé « France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement », où il accusait la chaîne d'avoir transmis un « faux reportage », balayant une « imposture médiatique » nourrie de « scènes fabriquées ». En lançant cette accusation, son but était d'initier un débat, jusqu'alors tabou, sur la véracité du reportage. Mission réussie, car France 2 et son correspondant à Jérusalem l'ont traîné en justice.
La question se pose : pourquoi Media-Ratings est-il ciblé alors que d'autres médias comme le Wall Street Journal ou The Atlantic Monthly avaient déjà fait de telles allégations ? Peut-être en raison de la position moins forte de Karsenty face à ces géants.
Après neuf ans de procédures, la cour d'appel a rendu son verdict final le 26 juin 2013, condamnant Karsenty à verser 10 001 euros aux plaignants. Ce jugement implique-t-il une validation du reportage de Charles Enderlin ? Les éléments de cette affaire amènent à en douter. Retrouvons étape par étape l'évolution des décisions judiciaires.
Septembre 2006 : Le procès au TGI de Paris
Karsenty présente des preuves et fait citer des témoins qui ont déjà visionné les rushes de France 2, parmi lesquels l'historien Richard Landes et Luc Rosenzweig, ancien rédacteur en chef au Monde. L'avocat de la partie civile, quant à lui, affirme tout au long de la procédure que « France 2 et Charles Enderlin sont au-delà de tout soupçon ».
La procureure, elle, demande la relaxe, trouvant les critiques de Karsenty « soigneusement réfléchies » et les preuves solides, déplorant l'absence des rushes qui, selon elle, auraient pu élucider la situation. Ce faisant, elle souligne : « La charge de la preuve incombe à ceux qui ont engendré la plainte. »
Malgré cela, le 19 octobre 2006, Karsenty est condamné pour avoir « porté des allégations portant atteinte à la considération » des plaignants.
Septembre 2007-mai 2008 : Le procès en appel
Le procès en appel débute en septembre 2007, interrompu lorsque la cour requiert la présentation des rushes. Lors d'une audience, France 2 ne produit que dix-huit minutes d’images, qui ne démontrent rien en sa faveur. La dépêche de l'AFP du 14 novembre 2007 souligne : « Les rushes contredisent la version proposée par Charles Enderlin. »
Le 21 mai 2008, la cour relaxe Karsenty, soulignant que « Charles Enderlin ne peut échapper à la critique » et qu'il n'a pas réussi à montrer la véracité de son reportage.
Toutefois, France 2 et Enderlin forment un pourvoi en cassation.
28 février 2012 : La cassation
La Cour de cassation, en novembre 2011, recommande le rejet du pourvoi, mais trois mois plus tard, le jugement de 2008 est annulé et l'affaire est renvoyée vers une nouvelle cour d'appel. Bien que la cour n'ait pas remis en cause la bonne foi de Karsenty, elle n’a pas requis la présentation des rushes, se contentant d’expliquer que la procédure suivie n’était pas juridiquement fondée.
Karsenty réagit en déclarant : « La décision de la Cour de cassation démontre l'absurdité de ce système. »
Janvier-juin 2013 : Le second procès en appel
En janvier 2013, la cour se réunit pour débattre à nouveau de l'affaire. Le verdict, annoncé le 3 avril puis confirmé le 26 juin, condamne Karsenty une nouvelle fois pour avoir voulu publier son avis avant de disposer des preuves, bien qu’il ait reçu des témoignages validant son analyse.
Ce jugement soulève des questions quant à la capacité de la justice à établir les faits dans un reportage controversé. Le formalisme et la rigidité de la loi sur la diffamation amènent à un paradoxe où, à force de respecter la procédure, la vérité historique pourrait rester inexplorée.
Plus de vingt-cinq ans après la diffusion de ce reportage, il serait opportun que des spécialistes soient appelés à analyser ces images, libérant ainsi la vérité derrière le jugement final.







