Hier, autour de la machine à café de l’hôpital de Millau, le ton était loin des discussions habituelles sur les vacances ou les projets du week-end. En effet, une inquiétude palpable concernant le service de psychiatrie, menacé de fermeture, occupait tous les esprits.
La situation est alarmante : d'ici la fin avril, le seul médecin psychiatre en poste partira à la retraite, sans remplaçant prévu. Dans une lettre ouverte récente, l’intersyndicale hospitalière a évoqué 73 postes en péril pour l’établissement. Après un conseil municipal destiné à alerter Emmanuelle Gazel, présidente du conseil de surveillance de l’hôpital, une réunion a réuni hier le personnel et le directeur.
« La semaine dernière, lors d'une réunion, le directeur nous a assuré qu’il prendrait une décision sous huit jours. Pour nous, c’était un choc », a confié Corine Mora de la CGT. « En cas de fermeture, quelles seront les conséquences pour les patients et les agents ? »
Une secrétaire du service a souligné l’incertitude actuelle : « Nous prenons des rendez-vous sans savoir qui assurera les consultations. Les patients nous interrogent sur leur prise en charge, mais nous n’avons aucune réponse à leur donner. Que ferons-nous si aucun médecin n'est trouvé ? »
Une situation nationale alarmante
À l'image de nombreux établissements en France, Millau fait face à une sévère pénurie de médecins. Un rapport présenté au Sénat en 2025 a mis en lumière cette problématique : « Bien que le nombre de psychiatres en France soit comparable à la moyenne européenne, la démographie médicale peine à répondre à l'augmentation des besoins dans certains territoires. »
Récemment, le service a dû se séparer d'un Praticien à diplôme hors Union européenne, aggravant davantage la situation. Benoît Durand, directeur de l'établissement, a exprimé ses difficultés de recrutement : « Nous avons des candidats, mais aucun n'a donné suite après les entretiens. Je souhaite maintenir notre cinquième secteur au sein du public. Nous avons des partenariats avec Sainte-Marie et le CHU, et nous nous battons pour assurer notre avenir. »
Une réunion avec tous les acteurs autour de la table
À cette étape critique, une quarantaine de personnes présentes ont demandé des rencontres avec la préfecture et la direction de l'Agence régionale de santé pour obtenir leur soutien dans la sauvegarde du service millavois. « Le préfet peut-il imposer des actions ? » s'interroge Corine Mora. « Je ne suis pas certain », répond-elle, avant d'ajouter : « Mais nous devons secouer les choses. À Montpellier, le service fait aussi face à des défis, et nous cherchons à inciter des médecins à Y aller sur des congés sans solde. »
Un rendez-vous regroupant tous les acteurs concernés est prévu dans les semaines à venir, d'ici le retour d’un praticien dont la validation pour exercer en France est en cours et attendue en novembre. « Nous voulons éviter des carences qui pourraient avoir de lourdes conséquences à court terme », concluent en chœur les salariés et la direction.







