Depuis l'été dernier, des coupures d'Internet frappent la Russie, exacerbant la frustration des internautes, jusqu'alors parmi les plus connectés au monde. En Moscou, jadis épargnée, ces interruptions soudaines du réseau mobile compromettent gravement la communication et l'accès aux applications. La situation devient particulièrement chaotique sous Telegram, une plateforme essentielle qui se détériore.
L'inquiétude des autorités russes s'est intensifiée, notamment en réponse à l'exploitation des réseaux mobiles par l'Ukraine pour exécuter des attaques de drones. Un an plus tôt, l'opération nommée "Toile d'araignée" avait démontré l'efficacité de cette méthode, durant laquelle cent drones avaient touché des bases stratégiques profondes en territoire russe. Pour contrer cette menace, le gouvernement se voit contraint de couper l'accès à ces réseaux.
Le renforcement des mesures sur Internet s'inscrit dans une stratégie menée par le 'Deuxième Service' du FSB, une branche profondément ancrée dans le dispositif de surveillance. Comme le rapporte Le Financial Times, le terrain numérique, autrefois partagé entre divers acteurs civils, est désormais placé sous le contrôle direct de cette institution, héritière du KGB soviétique.
Des dissensions au sommet du pouvoir?
Ce resserrement du contrôle d'Internet a suscité des réactions inattendues dans des milieux habituellement bienveillants à l'État, incluant écoliers, blogueurs, journalistes pro-guerre et gouverneurs, l'analyse du New York Times souligne. Face à ce mécontentement croissant, même le Kremlin tente de limiter l'influence du FSB, conscient que ces nouvelles mesures pourraient entraver les élections législatives à venir. "Une lutte de pouvoir s'est instaurée autour d'Internet entre le FSB et des représentants civils du Kremlin, tous opposés aux interdictions", a déclaré un conseiller au Financial Times. "Poutine devra prendre une décision à un moment donné."
Les critiques pointent également le caractère précipité et intrusif de cette stratégie de contrôle. Selon Andrei Soldatov, expert en sécurité russe, cette approche est souvent comparée à celles de l'Iran ou de la Chine. "Ceux-ci établissent des structures de surveillance dès le départ, tandis que la Russie improvise des solutions adaptées à des problèmes spécifiques, sans une vision d'ensemble claire," a-t-il ajouté.







