C'est une véritable secousse dans le domaine de la défense en Allemagne. Berlin va mettre un terme au programme des frégates F126, un projet d'une envergure de plusieurs milliards d'euros, destiné à créer les plus grands navires de guerre de la marine allemande depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette information a été dévoilée ce mardi par l'hebdomadaire Der Spiegel et approuvée par Handelsblatt. Il s'agit là d'un échec notoire pour l'industrie de défense allemande et d'un tournant important dans la stratégie navale du pays.
Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a informé des responsables du secteur et des parlementaires de la décision gouvernementale d'abandonner le programme de six frégates F126. Cette annonce a fait réagir immédiatement les marchés : l'action de Rheinmetall, qui devait gérer la maîtrise d'œuvre du projet, a chuté de 15% à la Bourse de Francfort.
À la place, Berlin envisage maintenant d'acquérir huit frégates Meko A-200, des navires moins chers et plus faciles à produire, dérivés d'un modèle opérationnel déjà existant. Ces frégates, d'aspect temporaire, sont censées renforcer la marine allemande alors que les F126 pourraient tarder à arriver. Cependant, cette stratégie de "double commande" a suscité des critiques, notamment de la part de la commission budgétaire du Bundestag, qui dénonçait les coûts supplémentaires engendrés par cette approche.
Un programme à 14 milliards d'euros
Cette révision de la stratégie arrive à un moment où l'Allemagne cherche à renforcer son rôle dans la défense européenne, tout en prévoyant d'investir près de 780 milliards d'euros dans la modernisation de ses forces armées d'ici à 2030. Cela dit, le programme F126, initialement évalué à 5,5 milliards d'euros pour quatre navires, a vu son coût exploser en raison de retards persistants et de difficultés industrielles. Selon des estimations, le prix total pourrait atteindre près de 14 milliards d'euros, un niveau jugé excessif par certains parlementaires.
Chaque frégate était censée mesurer 166 mètres de long avec une capacité de 10 000 tonnes. Des plateformes polyvalentes, elles devaient offrir une large gamme de missions militaires, notamment en matière de lutte anti-sous-marine, un aspect jugé prioritaire depuis le début du conflit en Ukraine.
Le programme confié au chantier naval néerlandais Damen Naval a rencontré des complications majeures, allant de problèmes logiciels à des retards de livraison, fragilisant ainsi son avancement. Ainsi, un partenariat a été suggéré avec Rheinmetall en novembre dernier pour reprendre le projet, renforçant la présence de ce groupe dans le secteur naval.
Alors que l'offre de Rheinmetall était presque finalisée, les inquiétudes croissantes des députés concernant le coût et le délai de livraison ont conduit à l'abandon du programme. Cette sélection pourrait entraîner la perte de près de 2 milliards d'euros et laisser en suspend l'avenir de la première coque déjà en construction, certaines voix s'élevant même pour envisager un démantèlement éventuel du navire inachevé.
Ce tournant décisif exacerbe l'incertitude sur le futur de la marine allemande, alors que les attentes sont particulièrement élevées face aux menaces croissantes émanant des activités navales russes. "Il est crucial pour notre défense collective," a déclaré Boris Pistorius à propos des frégates, soulignant l'importance stratégique de ces équipements.







