Entretien avec Olivier Ducatillion, président de l'Union des industries textiles
Dans une interview accordée à Valeurs actuelles, Olivier Ducatillion analyse l'état actuel de l'industrie textile française. Bien qu'elle ait subi une réduction drastique de ses effectifs depuis les années 1970, où elle employait plus de 400 000 salariés, le secteur reste dynamique avec 60 000 emplois aujourd'hui. Selon Ducatillion, la confusion entre textile et habillement a alimenté une perception erronée de son déclin. L'habillement lui, a souffert du boom des plateformes d'e-commerce étrangères, notamment chinoises.
Pour faire face à ce défi, Ducatillion a récemment participé à la création de l'Alliance du fabriqué en France, une initiative qui regroupe syndicats et organisations patronales. Cette coalition vise à transformer les discours en actions concrètes et à élever le fabriqué en France en tant que question centrale lors des prochaines élections présidentielles. Il affirme : "Nous avons besoin de former les jeunes selon les besoins des territoires, au risque de laisser de nombreux postes vacants."
Cette alliance, qui se veut inclusive, a déjà suscité l'intérêt de plusieurs acteurs économiques. "Le fabriqué en France n'est plus une simple nostalgie ; c'est un projet économique", souligne Ducatillion. L'objectif est de redynamiser l'économie locale en rapprochant les formations des réalités industrielles, tout en touchant le plus grand nombre possible.
Ducatiillon aborde également la difficulté d'engager les consommateurs : "Il est temps de leur faire comprendre que des prix excessivement bas ne peuvent s'accompagner de normes sociales et environnementales respectables." Ce défi dépasse le simple cadre du textile et touche à tous les secteurs d'activité face à l'essor de plateformes comme Shein et Temu, qui menacent la viabilité des entreprises locales.
Les règles européennes sont souvent citées comme un frein à l'agilité de l'industrie française. "Il est impératif de convaincre nos politiques de faire preuve d'audace et de flexibilité face aux contraintes légales", ajoute-t-il. Ce besoin d'une réaction rapide et efficace est d'autant plus pressant dans un contexte où les produits importés à bas coût prolifèrent.
Enfin, en commentant la déclaration du ministre Serge Papin qui appelait à "casser la gueule aux Chinois", Ducatillion évoque la nécessité de reformuler cette énergie positive climatique dans des actions concrètes : "Nous devons apprendre à être plus malins avec les textes européens tout en préservant notre architecture sociale et environnementale."
Alors que l'élection présidentielle se rapproche, l'Alliance du fabriqué en France pourrait jouer un rôle déterminant dans la redéfinition des priorités économiques du pays et l'urgente nécessité de renforcer la production locale.







