Ce lundi 26 janvier marque le début d'une nouvelle phase judiciaire, caractérisée par une stratégie de défense controversée. Les quatre prévenus, dont Abdelhakim Sefroui, condamné pour association de malfaiteurs terroriste, ont tous contesté leur culpabilité devant la cour d’assises d’appel spéciale de Paris. Leur peine initiale variait entre 13 et 16 ans de réclusion criminelle.
La défense adoptée par Sefroui, orchestrée par son avocat maître Francis Vuillemin, semble vouloir renverser la narration autour du terrible événement survenu au collège du Bois-d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine. L'assassinat de Samuel Paty en octobre 2020 a trouvé son origine dans de fausses accusations d'une élève de 13 ans.
"La décapitation écrase tout le dossier"
En effet, l'élève en question, fille de Brahim Chnina, qui partage également le banc des accusés, avait faussement accusé le professeur d'avoir exhibé une caricature de Mahomet de manière discriminatoire, alors qu'elle n’avait pas assisté au cours. Ces allégations, relayées par son père et Sefroui sur les réseaux sociaux, ont mené à un drame tragique.
Maître Vuillemin soutient que Samuel Paty aurait discrètement proposé aux élèves musulmans de quitter la classe s'ils se sentaient offensés par les caricatures. Cette approche soulève des questions éthiques et morales, entraînant des réactions vives des parties civiles. "La décapitation de Samuel Paty est tellement horrible qu'elle écrase tout le dossier!", a-t-il affirmé à la presse. Il évoque un "tabou" autour des comportements de pédagogues comme Paty, accusé de discrimination dans une école qui se veut inclusive.
"On ne protège personne dans l'école de la République en discriminant, en demandant à des élèves de se désigner en fonction de leur religion", a-t-il ajouté.
"On l'accuse d'être responsable de sa propre mort"
Son plaidoyer se veut une réponse à ce qu'il appelle de l'islamophobie. Vuillemin se bat pour redéfinir la perception du rôle d’Abdelhakim Sefroui, appelant à des sanctions contre Paty plutôt que de condamner son client. Les témoignages d'anciens élèves diffèrent, indiquant que Paty n'a jamais ciblé spécifiquement les élèves musulmans, mais a plutôt tenté de gérer un sujet extrêmement sensible de manière respectueuse.
Gaëlle, la sœur de Samuel Paty, a exprimé son indignation face à l'accusation. "On l'accuse d'être responsable de sa propre mort", a-t-elle déclaré avec véhémence sur BFMTV. Cette défense ébranle l'image d'un homme décrit par ses proches comme tolérant et soucieux des diversités culturelles.
Les juges de première instance avaient déjà souligné la responsabilité des accusés dans le meurtre, notant qu'ils avaient contribué à créer un climat propice à l’agression de Samuel Paty. "Ils ont attisé la colère et la haine d'un esprit radicalisé", avait déclaré la cour.
Ce procès, qui se poursuivra jusqu'au 27 février, impliquera également d'autres accusés pour complicité d'assassinat, prolongeant ainsi les débats sur des enjeux cruciaux de liberté d'expression et de sécurité dans les établissements scolaires.







