Ce jeudi, plus d'une centaine de tracteurs ont convergé vers Paris, attirant l'attention des médias et des passants. Parmi eux, une soixantaine se sont installés porte d'Auteuil, dans l'ouest de la ville, où les agriculteurs ont décidé de faire entendre leurs revendications. Justin Losson, président de la Coordination rurale de Dordogne, a témoigné : « Nous avons roulé pendant trois nuits. Nous ne pouvons plus rester silencieux face à la détresse de notre profession. »
Les autorités de la préfecture de police ont dénombré 109 tracteurs au total, dont certains ont atteint la tour Eiffel et l'Arc de Triomphe, marquant un moment symbolique pour les manifestants. Malgré les restrictions, la Coordination rurale a réussi à réaliser son pari : « Nous sommes à l'intérieur du périphérique, et c'est un succès ! », s'exclame un agriculteur anonyme. Les demandes restent essentiellement les mêmes : réduire le nombre de normes à respecter et refuser l'accord avec le Mercosur qui menace le secteur agricole français.
Un acte symbolique a particulièrement fait parler : un agriculteur a été vu tronçonnant un arbre pour illustrer les souffrances que subissent les exploitants du secteur. « Quand on voit notre secteur s'effondrer, on est capable de tout », déclarait Élodie Canivet, agricultrice près de Dreux. Le geste, bien que controversé, a soulevé des préoccupations sur la réceptorité du public.
Alors que la tension montait, une question cruciale se posait : faut-il forcer le passage vers l'Assemblée nationale pour porter leurs doléances ? Serge Bousquet-Cassagne, figure emblématique du mouvement, a encouragé ses pairs, rappelant à chacun qu'ils avaient parcouru 600 km pour se faire entendre. Cependant, l’unanimité parmi les manifestants faisait défaut. « Si je vais dans le tas, qui s’occupera de mes moutons ? », questionnait David, berger dans la Beauce.
Finalement, après des discussions avec les forces de police, un compromis a été trouvé : un petit groupe de dix agriculteurs a été autorisé à se rendre à l'Assemblée nationale sans leurs tracteurs, un geste qui symbolise cependant une volonté de continuer à revendiquer leurs droits. Ces agriculteurs, guidés par des journalistes dans les sous-sols parisiens, ont retrouvé d'autres manifestants sur le parvis du Palais Bourbon, prêts à faire valoir leurs droits devant les autorités.
Cette mobilisation illustre un malaise profond qui touche le secteur agricole français. Comme l’a souligné une récente étude de l’Insee, près de 60% des agriculteurs se sentent dépassés par les exigences administratives, et le spectre de la faillite plane au-dessus d’eux. L’avenir du monde paysan dépend plus que jamais de l'écoute des décideurs.







