Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, éclaire les événements tragiques qui ont frappé Minneapolis, marqués par la mort de deux Américains, Renee Good et Alex Pretti, lors de l’intervention controversée de l’ICE, la police de l'immigration américaine.
Depuis la dernière année, les États-Unis assistent à l'émergence d'un régime au style autoritaire. Selon Sciora, l’administration Trump exploite la situation pour renforcer sa position, soutenue désormais par une extrême droite radicale. "Nous avons dépassé les limites observées sous Viktor Orban en Hongrie. La stratégie de ces groupes va bien au-delà de la simple politique d'immigration", souligne-t-il.
Les récentes interventions de l'ICE ont suscité des réactions vives. Sciora insiste sur le fait que Renee Good n'était pas une menace, mais a été abattue à bout portant, ce qui soulève des questions sur l'usage de la force par les autorités. "L'administration pourrait facilement qualifier cela de bavure, mais les mensonges répandus aggravent la situation", ajoute-t-il, en évoquant le soutien populaire à la politique anti-immigration, mais le rejet croissant de l’ICE.
La réponse tardive de Trump
Pour la première fois, Donald Trump a exprimé une certaine sympathie envers le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, ce qui marque un tournant dans sa position sur l'ICE, souvent critiquée. Il a annoncé l'envoi de Tom Homan, surnommé le "tsar des frontières", afin de collaborer aux enquêtes sur ces tragédies. Ce choix, largement contesté, soulève des inquiétudes quant à l’usage des forces fédérales, qui peuvent rivaliser avec les autorités locales à Minneapolis.
Les répercussions de cette politique deviennent évidentes, alors que certains comparent l’ICE à des forces autoritaires extrêmes. "Il ne faut pas aller jusqu'à les comparer à la Gestapo, mais leur rôle en tant que police politique est indéniable", explique Sciora. Il rappelle que l'organisme a été fondé dans les années 2000 pour des raisons de sécurité nationale, mais a évolué vers une institution plus violente sous la présidence de Trump.
Sciora met en lumière les normes idéologiques qui gouvernent le recrutement de nouveaux agents, souvent peu formés et issus de la mouvance MAGA, incitant à une culture de la peur. "Ces agents, parfois avec un passé judiciaire, incarnent la violence et la répression systématique qui caractérisent cette administration. D'ailleurs, beaucoup se souviennent d'images d'immigrés traînés par terre dans des scènes choquantes", déclare-t-il.
Alors que les voix s'élèvent, y compris celles de personnalités telles que Barack Obama et Bill Clinton, pour un réveil des consciences, Sciora reste sceptique : "Leurs appels n'auront probablement pas l'impact escompté. Un soutien venant de George W. Bush aurait eu beaucoup plus de poids en ce moment."







