Rejugement de l’affaire Samuel Paty : un procès sous haute tension

Cinq ans après l'assassinat de Samuel Paty, le procès en appel soulève de nouvelles interrogations.
Rejugement de l’affaire Samuel Paty : un procès sous haute tension
Le procès, qui se tient devant la cour d’assises d’appel spéciale de Paris, doit durer jusqu’au 27 février. (Illustration) Alain JOCARD / AFP

À partir de ce lundi, quatre individus se retrouvent au cœur d’un nouveau procès en appel relatif à l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, abattu en octobre 2020. Pour la première fois, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ainsi que l’ancien garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, seront appelés à témoigner.

Au terme d'un procès initial durant lequel les accusés avaient été condamnés à des peines variant de 13 à 16 ans d’incarcération pour leur implication dans cette tragédie, ces quatre protagonistes sont à nouveau jugés. Le tribunal, une cour d'assises d'appel spéciale située à Paris, est prévu pour se poursuivre jusqu'au 27 février. L’assassinat de l’enseignant a marqué les esprits en raison de son caractère odieux, et le procès suscite à présent une nouvelle onde de choc.

En ce fatidique 16 octobre 2020, Samuel Paty fut décapité par Abdoullakh Anzorov à proximité du collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine. Ce dernier, un islamiste radical tchétchène, a été abattu par la police peu après son acte. Le procès a initialement impliqué huit accusés, tous trouvés coupables lors de la première instance.

L'origine tragique : un mensonge ancien

En première ligne lors de ce nouveau procès, les accusés incluent notamment Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, deux amis d’Anzorov, tous deux condamnés pour complicité d'assassinat. Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, également jugés, encadrent un récit hanté par le mensonge d’une jeune élève, fille de Chnina. Accusant le professeur de discrimination à l'égard des élèves musulmans lors d’une leçon sur la liberté d'expression, cette fille, en réalité absente ce jour-là, déclencha une cascade d'événements tragiques lorsque son mensonge fut amplifié sur les réseaux sociaux par son père et Sefrioui.

Conséquence : Samuel Paty, alors âgé de 47 ans, se retrouva sous le feu des projecteurs de la critique. En décembre 2024, les juges ont conclu que Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui n'avaient pas de lien direct avec Anzorov.

Un procès exaltant des passions

Néanmoins, les juges ont déclaré que ces accusés avaient, en connaissance de cause, exacerbé le climat hostile envers Samuel Paty, exposant ainsi le professeur à un danger mortel. Au cœur de ce procès se joue la chance pour Sefrioui, rejetant toute implication dans des actes criminels. Son avocat, Me Vincent Brengarth, insiste sur le fait que Sefrioui n'avait aucune connaissance préalable d’Anzorov, soutenant que le jugement initial n’avait pas entièrement pris en compte les éléments factuels du dossier.

Les avocats de Naïm Boudaoud soutiennent que leur client a fait l’objet d’une condamnation fondée sur des interprétations hasardeuses, appelant la cour à ne pas céder aux pressions médiatiques. La famille de Samuel Paty, en revanche, désire une confirmation du jugement initial, espérant que chaque étape cruciale du drame soit examinée avec soin, garantissant ainsi la mémoire de leur proche. Cette confrontation judiciaire apparaît alors comme un reflet des tensions sociétales contemporaines.

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