Mercredi, l'Allemagne a célébré l'inauguration d'un monument dédié aux Témoins de Jéhovah, victimes de la persécution nazie. Cette initiative vise à mettre en lumière une part souvent ignorée des atrocités commises durant le Troisième Reich, comme l'expliquent les historiens.
Situé au cœur du Tiergarten, un parc emblématique de Berlin, le monument se présente sous la forme d'un tronc d'arbre en bronze, mesurant cinq mètres de hauteur. La cérémonie a rassemblé plusieurs centaines de personnes, reflétant l'importance de cet hommage.
C'est le cinquième monument du genre dans la capitale, après ceux dédiés aux Juifs, aux homosexuels, aux communautés sinti et rom ainsi qu'aux personnes handicapées victimes d'euthanasie. "Nous devons rendre hommage aux victimes du national-socialisme", a déclaré Julia Klöckner, présidente du Bundestag, lors de son discours.
En 2023, les parlementaires avaient voté à l'unanimité en faveur de l’érection de ce monument, une décision qui souligne la reconnaissance, aujourd'hui, de la communauté des Témoins de Jéhovah, qui compte environ 180 000 membres en Allemagne.
- "Résistance unanime" -
Actifs depuis la fin du XIXe siècle, ces croyants, qui se réfèrent à un christianisme primitif avec des valeurs conservatrices, comptaient dans les années 30 quelque 25 000 membres dans le pays. Selon l'historien Wolfgang Benz, interrogé par l'AFP, cette communauté a fait preuve d'une résistance notable au régime nazi en raison de ses croyances.
Les Témoins de Jéhovah ont refusé de se conformer aux salutations nazies, de prêter allégeance au 'Führer' ou de rejoindre l'armée. Suite à l'ascension d'Adolf Hitler en 1933, leur organisation a été déclarée illégale dans le Reich.
Parmi les 14 000 membres persécutés, environ 4 200 furent déportés dans des camps de concentration et 1 700 assassinés, selon les données de la fondation Arnold Liebster, établie par des Témoins de Jéhovah.
Lors de l'inauguration, de nombreux participants ont arboré une fleur violette en souvenir de ce signe distinctif que les membres de la communauté étaient contraints de porter dans les camps.
L'historien Benz a aussi noté que les 'Étudiants de la Bible', comme les Témoins de Jéhovah étaient appelés, étaient souvent considérés comme des complices du communisme et avaient été étiquetés 'secte juive'. En revanche, les Églises catholique et protestante avaient incité leurs fidèles à ne pas s’impliquer dans les affaires politiques, a t-il ajouté.
Après la guerre, leur situation ne s'est pas améliorée, car ils furent également interdits en Allemagne de l'Est, où leur organisation était perçue avec hostilité.
Cecilia Yankey, une nouvelle convertie de 59 ans, a affirmé qu'elle avait beaucoup appris sur l'histoire de sa communauté à l'occasion de cette inauguration : "Je ne savais pas comment la persécution s’était déroulée".
- "Lutter contre notre arrogance" -
De plus en plus d'historiens en Allemagne plaident pour la reconnaissance d'autres groupes persécutés par le régime nazi, tels que les syndicalistes et les communistes. Cependant, la politique mémorielle est confrontée à des défis face à la montée de l'extrême droite. L'AfD, principal parti d'opposition, prône un changement par rapport à la repentance liée aux crimes nazis.
Wolfgang Benz a mis en garde contre le besoin de défendre cette culture de la mémoire contre l'AfD, tout en soulignant la nécessité de renforcer la transmission des connaissances plutôt que de se concentrer uniquement sur l’érection de monuments. Julia Klöckner a conclu que même si ces discussions peuvent sembler fastidieuses, elles incarnent la liberté d'une société démocratique.
"Il est essentiel de continuer à se rappeler de ces événements en Allemagne", a déclaré Cecilia Yankey, malgré la tendance croissante vers la droite au sein de la société.







