Le jeu Relooted, lancé sur les principales plateformes le 10 février, permet aux joueurs d’endosser le rôle de « braqueurs » engagés dans une mission audacieuse : récupérer des œuvres africaines conservées dans des musées occidentaux pour les restituer à leurs pays d’origine. Ce jeu vidéo est plus qu'un simple divertissement ; il soulève des questions cruciales sur la restitution du patrimoine africain, un sujet brûlant dans le contexte actuel.
À la tête de cette équipe de braqueurs se trouve Grace, une experte en art africain. Ensemble, ils s'attaquent à des institutions qui détiennent des artefacts pillés durant la période coloniale. La bande-annonce provocante interroge : "Est-ce du vol que de récupérer des objets volés ?" Avec une approche qui rappelle le légendaire Robin des Bois, Relooted intègre une forte dimension sociale et politique.
Le récit se déroule à la fin du XXe siècle, un moment où les traités de restitution sont fréquemment ignorés. Les joueurs ont pour mission de rapporter 70 objets au musée des Civilisations noires de Dakar, au Sénégal, un lieu réel où sont conservés des trésors culturels. Parmi les œuvres à retrouver, on dénombre des bronzes du Bénin ou encore le célèbre Homme de Broken Hill, un crâne vieux de 300 000 ans.
Un enjeu mémoriel bien réel
Ce jeu n'encourage ni le vol ni la violence, mais met en lumière un enjeu de restitution qui concerne de nombreux pays africains. Selon les données, plus de 80 % du patrimoine africain se trouve hors de ses frontières. Rien qu'en France, un rapport de 2018 estime à 90 000 le nombre d'objets provenant d'Afrique subsaharienne conservés dans les musées.
Des discussions sur la restitution d’objets pillés, comme ceux du Niger, se tiennent souvent entre les gouvernements, comme en témoigne l'été 2025, lorsque Paris et Niamey ont échangé sur cette question cruciale. Le jeu accorde une attention particulière à ses personnages, leurs accents et à la bande-son, afin de respecter la richesse culturelle et les spécificités des pays africains.
En parallèle, Relooted soulève également la question du développement d'une industrie vidéoludique en Afrique, où la demande est en forte croissance. Bien que rares, les studios africains, comme Nyamakop basé à Johannesburg, aspirent à proposer des jeux qui reflètent les codes culturels du continent. Dix ans après la première Africa Games Week, Relooted marque une avancée significative en devenant le premier jeu africain distribué sur une console Nintendo.







