Artistes de l'acier : le katana, entre tradition et culture pop

Découvrez comment le katana traverse les générations grâce aux jeux et à l'animation.
Artistes de l'acier : le katana, entre tradition et culture pop
©Yuichi YAMAZAKI, AFP - Toru Watanabe, apprenti du forgeron Akihira Kawasaki, casse du charbon de bois dans l'atelier de Kawasaki à Misato, le 9 janvier 2026 au Japon

Des étincelles illuminent l'atelier noirci de suie du forgeron japonais Akihira Kawasaki, tandis que son apprenti martèle l'acier chauffé à blanc, perpétuant un artisanat millénaire en plein essor.

Malgré le vieillissement de la population nippone et le déclin des forgerons, les katana, ces sabres légers et aiguisés, séduisent une nouvelle génération, notamment des jeunes femmes, grâce à la pop culture.

Le jeu vidéo "Touken Ranbu", dans lequel des sabres prennent l'apparence de beaux jeunes hommes, a largement contribué à l'engouement des dernières années. Des œuvres récentes comme la série américaine "Shogun" ou l'animation "Demon Slayer" ont renforcé cette tendance.

"C'est vraiment encourageant de voir que davantage de jeunes s'intéressent sincèrement aux sabres", témoigne M. Kawasaki, 57 ans, dans un entretien avec l'AFP.

Autrefois, les passionnés de katana étaient majoritairement masculins, et certains se montraient condescendants envers les nouveaux venus. "Ce n'était pas une communauté accueillante", explique-t-il.

- Un public de 80 % féminin -

Depuis le lancement de "Touken Ranbu" en 2015, un nombre croissant de fans se passionnent pour les katana. Minori Takumi, 25 ans, a commencé à explorer l'univers des lames dans les musées après avoir découvert le jeu durant son adolescence. "Je voulais comparer un sabre réel avec son avatar", confie-t-elle. Fascinée par le hamon, cette ligne clair le long du tranchant de la lame, elle est devenue conservatrice au musée du sabre de Bizen Osafune, situé à Setouchi.

Ce musée expose régulièrement "Sanchomo", un sabre légendaire classé trésor national, acquis pour plus de 3 millions de dollars en 2020 grâce à un financement participatif. Sa présence dans "Touken Ranbu" a fait de lui une attraction incontournable : "Quand il est exposé, la fréquentation explose", souligne Tumi Grendel Markan, guide culturelle, évoquant un public à 80 % féminin.

Elle considère également que "Shogun" a aidé à présenter les sabres japonais à une nouvelle audience. Le succès monumental de "Demon Slayer" a suscité un élan chez les artisans et les amateurs, qui partagent sur YouTube des vidéos montrant la reconstitution des sabres extravagant de la série, générant des millions de vues.

Des jeunes admirateurs de "Demon Slayer" viennent également observer le travail de M. Kawasaki, impressionnés par leurs connaissances. "Peu importe leur motivation, tant qu'ils apprennent à apprécier le katana", dit-il.

- L'avenir de la forge en question -

Cependant, malgré cet engouement, les forgerons font face à d'importants défis. Leur nombre a été réduit de moitié en près de quarante ans, tombant à environ 160, selon l'Association des forgerons du Japon. Beaucoup sont âgés de 70 à 80 ans.

Les jeunes se montrent réticents à s'engager dans un apprentissage long et non rémunéré, lequel dure au moins cinq ans, explique Tetsuya Tsubouchi, membre de l'association. Le travail quotidien – marteler l'acier pendant des heures et se tenir devant le foyer en sueur – est exigeant et "il est difficile de gagner sa vie", déclare M. Tsubouchi, 66 ans, en faisant allusion à la préférence des collectionneurs pour des sabres anciens qui tirent les prix vers le bas. "L'idée que les sabres anciens sont les meilleurs reste profondément ancrée dans l’esprit collectif."

Pourtant, le travail de M. Kawasaki se distingue : ses pièces se vendent pour des dizaines de milliers de dollars. Outre les admirateurs de "Touken Ranbu" en quête de répliques, les pratiquants d'arts martiaux reconnaissent également leur efficacité.

Mais il aspire avant tout à voir le katana perçu comme une œuvre d'art contemporaine. Il vise à créer des sabres dotés d'une "puissance, beauté et vitalité" inégalée. Tous les forgerons ne partagent pas cette ambition : certains produisent des lames de qualité sans chercher à innover, met-il en garde. Tant que cette mentalité prévaut, la valeur artistique du katana contemporain restera sous-estimée.

"Si nous ne nous posons pas en artistes de l'acier, nous n'obtiendrons jamais la reconnaissance que nous méritons", conclut-il.

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