Des sirènes de police perçantes, des braseros de pneus et des véhicules immobilisés : les policiers de Rosario, troisième ville d'Argentine, ont contraint les autorités à des concessions salariales après trois jours de tensions. Cette révolte survient dans un contexte troublé, marqué par des suicides récurrents au sein des forces de l'ordre, mettant en lumière les enjeux de santé mentale.
La nuit de lundi a été particulièrement chaotique, avec des affrontements entre policiers en colère et leurs collègues. Rosario, un grand port connu pour son agriculture, fait également face à des problèmes de narcotrafic et affiche le taux d'homicide le plus élevé du pays.
Tout au long de la journée de mercredi, des voitures et des motos de police sont restées à l'arrêt devant le siège de la police provinciale, créant un véritable concert de sirènes pour exprimer leur mécontentement. Plus d'une centaine de policiers, bras croisés et sirotant un maté, ont observé la mobilisation de leurs proches, qui affichaient des banderoles telles que "Nos vies comptent, nos familles comptent".
Nestor, ancien policier de 68 ans, a partagé sa douleur avec l'AFP en évoquant son petit-fils, un jeune policier qui s'est suicidé en 2025 en conséquence de la pression intense qu'il subissait, tant personnelle qu'institutionnelle. "Le salaire ne suffit pas, obligé de faire des heures supplémentaires pour subvenir aux besoins de sa famille", a-t-il déclaré, soulignant le désespoir qui règne parmi les policiers.
Lors des manifestations, une croix portant les noms de plusieurs policiers suicidés a été mise en avant, notamment celui d'Oscar Valdez, un sous-officier de 32 ans, dont la tragédie a ravivé les tensions au sein du corps. Des cris de "Démissionne !" ont retenti alors que le chef de la police provinciale, Luis Maldonado, était pris à partie.
Finalement, après des négociations intenses, les policiers ont décidé de lever leur mouvement après avoir obtenu une augmentation salariale. Le gouverneur provincial, Maximiliano Pullaro, a annoncé qu'aucun policier ne devrait recevoir moins de 1.350.000 pesos (environ 785 euros) par mois.
Des applaudissements ont émergé lorsque les véhicules immobilisés ont quitté les lieux, témoignant d'une déception qui pouvait enfin faire place à l'espoir. "C'est émouvant, nous avons lutté pour cela. La ville sera protégée", a affirmé l'officier retraité German Carballo.
German Acuña, un policier en service depuis 11 ans, a révélé gagner environ 1 million de pesos par mois (près de 600 euros), décrivant une situation insupportable. D'autres policiers ont également évoqué la nécessité de financer eux-mêmes des frais comme l'internet dans leur bureau ou l'achat de munitions.
Les autorités ont aussi annoncé la réintégration de 20 policiers suspendus pendant la crise. L'avocat Gabriel Sarla a fait écho à l'importance d'un suivi psychologique pour le personnel, une préoccupation partagée par plusieurs manifestants. La santé mentale est cruciale dans un contexte où Rosario, avec 6,75 homicides pour 100.000 habitants, affiche des chiffres bien au-dessus de la moyenne nationale.







