Le Parlement péruvien a mis un terme, mardi, à l'intérim de José Jeri en le destituant pour "manque d'aptitude" à gouverner. Cette décision, qui survient à deux mois des élections, souligne l'instabilité politique persistante dans le pays.
Les députés procéderont, mercredi, à l'élection d'un nouveau président qui devra assumer les rênes jusqu'à l'investiture du futur président prévue pour le 28 juillet. Le pays se retrouve donc sans chef d'État durant plus de 24 heures, un fait sans précédent dans son histoire récente.
"L'incertitude règne", s'inquiète Erick Solorzano, médecin à Lima. Ce changement à la tête de l'État, à la veille des élections, ne fait qu'alimenter l'angoisse des citoyens sans résoudre les défis quotidiens auxquels ils sont confrontés.
José Jeri, qui devient le septième président à quitter son poste en dix ans, a été destitué avec 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions, dépassant aisément le seuil des 58 voix nécessaires. Il était à la tête du pays depuis à peine quatre mois.
Avant de diriger le pays, Jeri avait occupé la présidence du Parlement jusqu'en octobre dernier, succédant à Dina Boluarte, destituée après des accusations d'incapacité à gérer une montée de violence liée au crime organisé.
Les députés désigneront un successeur parmi quatre candidats : José Balcazar, Hector Acuna, Edgar Reymundo et Maria del Carmen Alva. Cette dernière, anciennement présidente du Parlement en 2021, est perçue comme la favorite, bien que ses adversaires incluent des figures aux opinions controversées et des personnes impliquées dans des affaires de corruption.
Jose Jeri faisait l'objet de plusieurs procédures de destitution, soulevées aussi bien par la gauche que par un groupe de partis de droite, qui l'accusaient d"inconduite fonctionnelle". Cet environnement instable est aggravé par des enquêtes du parquet sur de possibles cas de "trafic d'influence" le concernant.
Dans une interview télévisée, Jeri a défendu son intégrité, affirmant : "Je n'ai commis aucun délit". Malgré ses propos, des députés, comme Jorge Marticorena, ont critiqué sa gestion, arguant que ses actions avaient déçu et accentué les violences dans le pays.
Le Pérou, autrefois considéré comme stable en Amérique latine, fait maintenant face à une escalade de la violence, générant des lourdes inquiétudes au sein de la population.
Cette destitution fait écho à une série de crises institutionnelles ayant débuté en 2016, mettant en lumière le déséquilibre entre un Parlement puissant et un exécutif affaibli, dans un contexte politique marqué par l'absence de consensus.
En une décennie, seulement l'un des sept présidents péruviens a achevé son mandat, renforçant l'idée que ces changements à la présidence, même nombreux, ne réglent pas la crise institutionnelle en cours. Augusto Alvarez, analyste auprès de l'AFP, a déclaré que la rapidité de la procédure s'explique par l'ambiance électorale actuelle, caractérisée par une compétition intense avec plus de 30 candidats.
"Les partis qui précipitent cette mission pensent pouvoir influencer le résultat des prochaines élections", a-t-il conclu.







