Souffrant d'un retard technologique par rapport à l'Occident, l'Ukraine a dû faire preuve de créativité pour contrer les attaques russes par drones. Cette situation a conduit les nations puissantes à rechercher l'expertise ukrainienne pour faire face aux drones Shahed iraniens, longtemps considérés comme des armes de la "guerre des pauvres".
"Il y a six mois, nous avons proposé notre savoir-faire à Washington, mais ils ont d'abord décliné. Aujourd'hui, ils reviennent avec l'intention de nous demander comment contrer les Shahed", déclare Oleksandre Iourtchak, directeur de l'Association ukrainienne de l'automatisation industrielle à l'AFP.
Une délégation ukrainienne s'est récemment rendue au salon JEC World, consacré aux composites à Villepinte, près de Paris, dans le but de forger des partenariats et d'allier leur agilité opérationnelle et leur expérience au combat, à la technologie avancée des pays occidentaux.
Selon Iourtchak, "les Ukrainiens utilisent des drones plus petits pour le combat, tandis que nos homologues occidentaux misent sur des technologies très sophistiquées dans lesquelles ils ont investi des années".
Néanmoins, cette guerre en cours au Moyen-Orient illustre un changement de stratégie dans les conflits modernes. "Il ne s'agit pas d'une guerre de pauvres, mais d'une nécessité d'adaptation", commente Iourtchak, faisant allusion au fait que les puissances occidentales n'ont pas révisé leurs doctrines ni leurs tactiques.
- "Des coûts équivalents" -
Emmanuel Lowe, ambassadeur international des technologies à double usage ukrainiennes, souligne l'intérêt manifesté par Israël et différents pays du Golfe qui cherchent activement à établir des contrats avec des experts ukrainiens.
Après quatre ans de conflit, il est étonnant de constater que les bases militaires américaines et européennes au Moyen-Orient ne soient toujours pas préparées contre les drones Shahed, qui ont coûté la vie à des militaires, y compris un soldat français. Un ingénieur ukrainien, qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité, affirme que "cela ne les touchait pas et que ce n'était pas une priorité pour eux".
Les drones Shahed, envoyés en essaim, se révèlent "terriblement efficaces", nécessitant des "moyens à coûts équivalents" pour les contrer, explique le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'Armée de l'air et de l'espace française.
Ces drones, conçus par l'Iran et testés sur le terrain ukrainien, sont désormais utilisés contre Israël et d'autres puissances occidentales au Moyen-Orient. Le général Bellanger met en avant les nouvelles tactiques telles que les filets anti-drones et le brouillage, tout en reconnaissant que les Ukrainiens possèdent des connaissances précieuses en matière de drones.
Evguen Rokytsky, à la tête de l'Association ukrainienne des clusters d'innovation et spatiaux, note qu'il existe une stratégie pour concevoir des drones intercepteurs à coût similaire, le but étant d'éviter d'utiliser des missiles coûteux contre des drones de moindre valeur.
Il ajoute que le brouillage s'avère délicat, car il peut également perturber les systèmes alliés : "Dans ce combat, celui qui peut rapidement changer de fréquence et couvrir un spectre vaste prend l'avantage. Les Ukrainiens le font avec succès, mais les Russes sont souvent plus performants à cet égard".
- 90 % des composants d'origine chinoise -
En France, la production annuelle de drones ne dépasse pas les 10 000 unités, alors qu'un rapport indique que l'Ukraine a produit 4,5 millions de drones l'année dernière, un chiffre qui a doublé en comparaison avec la production russe. Emmanuel Lowe précise que cette expérience quantifiée est nettement supérieure à celle des forces occidentales.
"Nous avons constaté que les militaires français et britanniques viennent en Ukraine avec l'espoir de découvrir 'le' drone qui fera la différence, mais ils repartent souvent déçus, car plus de la moitié de leurs modèles sont déjà obsolètes", constate-t-il.
L'expérience des Ukrainiens, qui doivent atteindre des résultats avec des ressources limitées, pourrait être bénéfique pour l'Occident. Beaucoup souhaitent tester leurs technologies dans des conditions réelles, en particulier leurs caméras, antennes et convertisseurs de fréquences.
Cependant, les Ukrainiens, réticents à devenir un simple terrain d'essai, réclament plutôt l'accès à des technologies et matériaux modernes, alors que 90 % des éléments utilisés dans la fabrication des drones proviennent encore de Chine.







