Dans les montagnes du sud-ouest du Pakistan, des camions se faufilent à travers des routes poussiéreuses, chargés de jerricans de carburant de contrebande en provenance d'Iran.
Ces coupeurs de route, souvent des jeunes, déchargent ces bidons, remplissent des contenants plus petits et les fixent à des motos pour alimenter les marchés alentours. Ce commerce illicite, qui prospérait notamment grâce à des relations transfrontalières, est gravement affecté par les violences et la guerre engendrée par les frappes américano-israéliennes en Iran.
La quantité de carburant circulant entre le Pakistan et l'Iran, sur une frontière de 900 kilomètres, a chuté de près de 50%, entraînant une flambée des prix. Hakeem Ullah, un conducteur de 35 ans, témoigne auprès de l’AFP : "Avant la guerre, nous avions le carburant à 150 roupies (0,54 dollar) le litre. Maintenant, c’est monté à 190 roupies".
Cette situation a drastiquement réduit ses bénéfices, autrefois garantis lors de chaque traversée. "Nous gagnions environ 40 à 50.000 roupies par véhicule, et les acheteurs affluaient. Aujourd'hui, la situation est bien plus précaire", confie Ullah depuis Mastung, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Quetta, capitale du Baloutchistan, la province la plus vaste et riche en ressources du pays, mais où 70% de la population vit dans la pauvreté.
"Nous sommes là depuis cinq jours, mais nous n'arrivons pas à obtenir un prix équitable", déplore-t-il.
- Périple périlleux -
Les contrebandiers tracent leur chemin à travers des pistes désertiques, reliant des villes frontalières iraniennes aux districts pakistanais tels que Panjgur et Turbat. Le carburant est ensuite acheminé sur des centaines de kilomètres jusqu’à Mastung, où il est transféré sur des motos pour la distribution locale.
Les effets de cette guerre mettent en péril non seulement la fortune des trafiquants, mais aussi leur subsistance. Fazal Muhammad, 28 ans, exprime ses inquiétudes : "Il n'y a pas d'industrie au Baloutchistan, et les emplois publics ne suffisent pas. Nous avons dû nous tourner vers ce métier, où nous espérons gagner entre 2.000 et 3.000 roupies par soir".
Le gouvernement pakistanais a récemment annoncé l'annulation de festivités prévues pour le 23 mars, en raison des "mesures d'austérité" conséquentes à l’augmentation des prix du pétrole, conséquence directe de la situation en Iran. Ces mesures incluent une semaine de quatre jours dans les administrations et la fermeture d'écoles pour économiser du carburant.
La hausse du prix du pétrole bouleverse le marché et impacte les classes les plus défavorisées. Les autorités espèrent éviter de nouvelles hausses qui pourraient davantage affecter les populations précaires, notamment dans le Baloutchistan.







