l'essentiel
L’historien Jean Garrigues décrypte pour La Dépêche du Midi la stratégie de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise. Le parti a récemment vu des membres de la Jeune Garde antifasciste, impliqués dans le meurtre de Quentin Deranque à Lyon, qui jusqu'alors était considérée comme une "alliée".
Trois jours après le décès tragique du militant identitaire Quentin Deranque, tué par des membres de la mouvance "antifa" à Lyon, les connexions entre La Jeune Garde antifasciste, une organisation fondée par le député insoumis Raphaël Arnault, et La France insoumise suscitent des interrogations. Dans une interview pour La Dépêche du Midi, Jean Garrigues revient sur la stratégie de Jean-Luc Mélenchon.
La Dépêche du Midi : Quelle est votre définition de l’ultra-gauche et comment se définit-elle d’un point de vue historique ?
Jean Garrigues : L'ultra-gauche a clairement émergé durant la crise de mai 68, se traduisant par la formation d'organisations trotskistes ou maoïstes qui recouraient à la violence, souvent pour s'opposer à des groupes d'extrême droite comme le GUD ou l’UNI. Aujourd'hui, la violence, qui était à l'origine une méthode, est devenue une composante essentielle de leur existence.
Y a-t-il eu, par le passé, des rapprochements entre ces groupuscules et des partis politiques traditionnels ?
Après mai 68, il y a eu des transferts notables d'anciens militants trotskistes vers le Parti socialiste, Lionel Jospin étant le cas le plus emblématique. Toutefois, une séparation nette entre les grands partis de gauche et ces groupuscules a prédominé. Cependant, la relation actuelle entre La France insoumise et La Jeune Garde antifasciste est donc exceptionnelle et nouvelle.
Peut-on alors affirmer, comme l’a suggéré la porte-parole du gouvernement Maud Brégeon, que LFI entretient des liens avec l’ultra-gauche violente ?
Si l'on considère que la Jeune Garde s'inscrit dans la tradition de l'ultra-gauche, alors oui, c'est un fait. Son fondateur, Raphaël Arnault, a un passé violent. Jean-Luc Mélenchon admet ce lien, les voyant comme des alliés légitimes dans la lutte antifasciste.
Comment analyser l’arrivée de Raphaël Arnault à l’Assemblée nationale ?
C'est en adéquation avec la stratégie de conflictualité et de "brutalisation" prônée par Mélenchon. Son approche vise à provoquer un mouvement populaire urgent, et une telle alliance soutient son objectif d'agitation révolutionnaire.
Est-ce une stratégie délibérée de LFI ?
Absolument, c'est une radicalisation choisie, visant à se positionner pour le second tour de l’élection présidentielle en se présentant comme le candidat du peuple contre "les fascistes". Cette déstabilisation vise à mobiliser les masses populaires.
Ce phénomène de porosité entre partis et groupuscules est-il observé ailleurs en Europe ?
Oui, et c'est tout à fait documenté. En Allemagne par exemple, des liens sont observés entre l'AFD et des groupuscules d'extrême droite. En Espagne, Podemos a également des connections avec l’ultra-gauche. Ce phénomène est caractéristique de notre époque : l'affaiblissement des partis modérés favorise l'émergence des extrêmes, permettant des aliançes avec les "ultras".
Ce phénomène existe-t-il aussi à l’extrême droite en France ?
C'est un miroir inversé frappant. Marine Le Pen a cherché à éliminer tous les éléments associés à l’ultra-droite, comme les skinheads et néo-nazis, pour sa stratégie de dédiabolisation. Bien que certaines figures, comme Frédéric Chatillon, demeurent influentes, le discours officiel du RN a été purgé. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que l’ultra-droite infiltre le RN de la même manière que la Jeune Garde est liée à LFI. Cela soulève des questions concernant l’arc républicain : le RN semble vouloir y entrer, alors que LFI semble s’en distancier.







